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  • SI LE 13 DÉCEMBRE ÉCHOUE, QUI GOUVERNERA HAÏTI ?

    Entre l’insécurité, les enlèvements, le calendrier électoral et les zones d’ombre entourant la sortie de la transition, Haïti doit obtenir des réponses avant de se retrouver devant un nouveau vide institutionnel 9 septembre 2026 | CITADEX — Analyse nationale HAÏTI SE DIRIGE VERS UNE ÉLECTION — MAIS VERS QUELLE SORTIE DE CRISE ? Haïti avance officiellement vers le 13 décembre 2026, date fixée pour le premier tour des élections présidentielles et législatives ainsi que pour la ratification populaire des changements proposés à la Constitution. Le deuxième tour de la présidentielle et des législatives ainsi que les élections des collectivités territoriales sont prévus pour le 21 février 2027. Le calendrier existe désormais, les opérations électorales sont engagées, l'inscription des électeurs est en cours et les institutions concernées poursuivent leur travail. Mais derrière cette mécanique électorale se trouve une question que le pays ne peut plus se permettre de repousser : que se passera-t-il si le 13 décembre arrive et que les conditions nécessaires à la tenue d'une véritable élection nationale ne sont pas réunies? Le CEP lui-même a précisé que le respect de son calendrier dépend de l'établissement d'un climat sécuritaire acceptable et des ressources financières nécessaires à la poursuite des opérations. Cette question n'est pas une tentative de discréditer les élections et elle ne constitue pas une demande de maintien du pouvoir intérimaire. Elle touche à quelque chose de beaucoup plus fondamental : la continuité de l'État haïtien et les règles qui doivent s'appliquer lorsque la transition n'atteint pas son objectif dans le délai prévu. Le mandat du Conseil présidentiel de transition a pris fin le 7 février 2026. À cette date, l'OEA a reconnu que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et son cabinet dirigeraient une période intérimaire qu'elle qualifiait de courte, ciblée et clairement orientée vers l'amélioration de la sécurité et la préparation des élections. LE CALENDRIER ÉLECTORAL NE PEUT PAS ÊTRE PLUS FORT QUE LA RÉALITÉ DU PAYS Sur le papier, une élection nationale peut sembler relativement simple : une date, des bureaux de vote, des bulletins, des candidats et des électeurs. Dans la réalité haïtienne de 2026, c'est une opération gigantesque qui exige que l'État puisse faire circuler des personnes, des documents et du matériel à travers des territoires où les groupes armés continuent d'exercer une influence considérable. Il faut sécuriser les routes, protéger les centres de vote, transporter le matériel sensible, déplacer les agents électoraux, permettre aux candidats de faire campagne et garantir aux citoyens la possibilité de quitter leur domicile et de revenir sans craindre d'être kidnappés, attaqués ou bloqués. Une élection ne peut donc pas être réduite à la capacité du CEP de publier un calendrier. Elle dépend de la capacité réelle de l'État à faire entrer le processus démocratique dans les communes où l'insécurité demeure une réalité quotidienne. Et cette réalité n'est pas limitée à Port-au-Prince. Un rapport récent cité par Reuters montre que les groupes armés étendent leurs opérations vers les zones rurales, notamment par des enlèvements, des barrages routiers et d'autres formes de criminalité, alors que les efforts sécuritaires demeurent fortement concentrés sur la capitale. C'est précisément ce déplacement de la violence vers les régions qui rend la question électorale encore plus sérieuse. Le problème n'est plus seulement de savoir si l'État peut sécuriser quelques quartiers de la capitale; il faut savoir s'il peut sécuriser un processus national. LE CAS DE CALEB JEAN-BAPTISTE NOUS RAMÈNE BRUTALEMENT À CETTE RÉALITÉ C'est dans ce contexte que l'enlèvement récent de Me Caleb Jean-Baptiste, de Stéphanie Paultre et de deux policiers chargés de leur sécurité prend une importance particulière. Nous ne prétendons pas connaître la motivation définitive des ravisseurs et nous ne disons pas que cet enlèvement a été organisé pour perturber les élections. Aucune preuve publique actuellement disponible ne permet de faire une telle affirmation. Mais le fait lui-même mérite d'être regardé dans le contexte national : des personnalités publiques peuvent être enlevées alors qu'elles circulent dans le pays, malgré la présence de policiers, dans une période où l'État affirme vouloir préparer une élection nationale quelques mois plus tard. Les déclarations publiques attribuées à Lanmò Sanjou ajoutent une autre dimension à cette affaire. Dans son intervention, Sanjou a présenté ce qu'il décrit comme un différend antérieur avec Me Jean-Baptiste, alléguant lui avoir remis 120 000 dollars ainsi que deux armes dans le cadre d'un service qui, selon son récit, n'aurait pas été exécuté. Il a également affirmé que Jean-Baptiste aurait reçu des sommes beaucoup plus importantes provenant d'autres chefs de groupes armés pour des services qui, toujours selon cette version, n'auraient pas été rendus. Sanjou a ensuite demandé que Jean-Baptiste lui soit transféré, présentant cette affaire comme une question non résolue. CITADEX présente ces éléments comme les allégations formulées par Sanjou et non comme des faits judiciairement établis. La vérification indépendante des transactions, des armes, des accords allégués et de tout éventuel transfert de fonds ou de matériel aux autorités demeure nécessaire. Mais même sans trancher ce différend, l'affaire révèle quelque chose de profondément inquiétant pour l'État. Un individu présenté comme un chef de groupe armé peut publiquement exposer un différend financier impliquant des sommes considérables, réclamer qu'une personne kidnappée lui soit remise et parler publiquement d'une affaire qu'il considère comme inachevée. Cela démontre à quel point les institutions étatiques sont confrontées à des acteurs qui prétendent eux-mêmes disposer d'un pouvoir parallèle. Et c'est précisément dans cet environnement que l'on demande maintenant au peuple haïtien de se préparer à une élection nationale. VOULONS-NOUS DES ÉLECTIONS ? OUI. MAIS QUI GARANTIRA LE DROIT DE VOTER ? Il faut être extrêmement clair sur ce point : les Haïtiens veulent des élections. Après des années de transitions, de gouvernements provisoires, de crises institutionnelles et d'absence de représentation populaire, le pays a besoin de retrouver des autorités issues du suffrage. Personne ne devrait présenter cette volonté populaire comme un obstacle au processus électoral. Le véritable problème est ailleurs : vouloir voter et pouvoir voter dans des conditions libres et sécurisées sont deux choses différentes. Un citoyen qui doit traverser une zone contrôlée par un groupe armé pour atteindre son bureau de vote n'exerce pas exactement le même droit qu'un citoyen qui peut circuler librement. Un candidat qui peut organiser des rassemblements dans une commune alors que son adversaire ne peut pas y entrer ne participe pas à une compétition équitable. Un agent électoral qui refuse de se rendre dans son centre de vote parce qu'il craint pour sa vie ne peut pas être remplacé simplement par une ligne dans un rapport administratif. La démocratie doit pouvoir circuler sur les routes d'Haïti, atteindre les communes et protéger ceux qui la font vivre. LE GOUVERNEMENT LUI-MÊME A DÉJÀ RECONNU LE PROBLÈME Il serait donc injuste de prétendre que la question de la sécurité est inventée par les critiques du gouvernement. En mai, Fils-Aimé avait lui-même reconnu publiquement que les conditions sécuritaires n'étaient pas réunies pour tenir les élections prévues en août, tout en affirmant son souhait de voir des élections organisées avant la fin de l'année et un président élu installé le 7 février 2027. Cette déclaration est importante parce qu'elle montre que même le gouvernement reconnaissait que la sécurité était une condition préalable à la réalisation du calendrier électoral. Depuis, le calendrier a été révisé et le CEP a fixé le premier tour au 13 décembre. Mais le principe n'a pas changé. Le CEP affirme lui-même que ses échéances sont conditionnées à un climat sécuritaire acceptable. L'OEA a également déclaré que les progrès sécuritaires demeurent au cœur de la trajectoire d'Haïti et que l'amélioration de la sécurité et la préparation des élections constituent les deux axes essentiels de la période intérimaire. ALORS ARRIVONS À LA QUESTION QUE PERSONNE NE DEVRAIT ATTENDRE POUR POSER Que se passe-t-il si le 13 décembre ne peut pas avoir lieu ? Pas dans un discours politique. Pas dans une interview. Pas dans une déclaration diplomatique. Dans le droit, dans les institutions et dans la pratique. Qui décide que l'élection est impossible? Qui constate que les conditions de sécurité sont insuffisantes? Le CEP peut-il simplement reporter le scrutin? Quelle institution autorise une prolongation du pouvoir exécutif? Sur quelle base légale? Pour combien de temps? Quel mécanisme contrôle cette prolongation? Qui détermine la date d'une nouvelle échéance? Et surtout, qui empêche qu'une situation exceptionnelle devienne une nouvelle forme de gouvernement permanent? Ces questions auraient dû être clarifiées avant que le pays ne se retrouve à quelques jours d'une échéance électorale impossible à exécuter. Elles doivent maintenant être posées ouvertement, précisément parce que le peuple haïtien ne devrait jamais découvrir les règles de succession après l'échec d'une élection. LE 7 FÉVRIER NOUS A DÉJÀ MONTRÉ CE QUI ARRIVE LORSQUE LA SORTIE N'EST PAS CLAIRE Le 7 février 2026 constitue un précédent particulièrement important. Le mandat du Conseil présidentiel de transition était arrivé à expiration, mais aucune structure de succession largement consensuelle n'était prête à prendre automatiquement le relais. Reuters avait alors décrit Haïti comme entrant dans une période de vide politique et souligné qu'aucun plan de succession n'avait été clairement accepté avant la fin du mandat du CPT. C'est finalement le gouvernement dirigé par Fils-Aimé qui a assumé l'exécutif, dans un cadre que l'OEA a reconnu comme constitutionnel et intérimaire. Un Pacte national pour la stabilité et l'organisation des élections a ensuite été présenté comme le cadre destiné à conduire le pays vers des élections crédibles. Le gouvernement lui-même a présenté ce pacte comme un moyen de créer les conditions nécessaires aux élections et de renforcer la stabilité institutionnelle. Mais voilà précisément pourquoi la prochaine échéance doit être préparée différemment. Haïti ne peut pas attendre la veille du 13 décembre pour commencer à discuter de ce qui arriverait si la date ne pouvait être respectée. LA QUESTION DU MANDAT DE FILS-AIMÉ DOIT ÊTRE CLARIFIÉE Il serait irresponsable de transformer cette question en accusation directe contre le Premier ministre. Nous n'avons pas de preuve que Fils-Aimé cherche volontairement à empêcher les élections afin de rester au pouvoir. Affirmer cela comme un fait dépasserait ce que les éléments actuellement disponibles permettent d'établir. Mais l'absence de preuve d'une intention malveillante ne signifie pas que les limites du pouvoir n'ont pas besoin d'être examinées. Le gouvernement de Fils-Aimé affirme que son objectif est de conduire le pays vers un gouvernement élu. L'OEA a décrit la période comme une transition courte et clairement orientée. Le FMI décrit également le nouveau cadre comme une transition destinée à restaurer un gouvernement crédible, démocratique et légitime, avec des élections générales prévues avant la fin de 2026. Alors la question est simple : si l'objectif est véritablement de remettre le pouvoir à un gouvernement élu, quelle est la procédure exacte si cette remise devient impossible le 13 décembre? Cette réponse ne devrait pas dépendre d'une négociation improvisée entre les mêmes acteurs politiques qui se trouvent déjà au pouvoir. QUI BÉNÉFICIERAIT D'UN REPORT ? Cette question mérite d'être posée, mais elle doit être posée correctement. Bénéficier d'une situation n'est pas la même chose que l'avoir provoquée. Un gouvernement peut bénéficier politiquement d'un report sans avoir provoqué l'insécurité qui a rendu le report nécessaire. Un groupe armé peut provoquer une situation criminelle pour ses propres intérêts sans avoir aucune stratégie électorale. Un kidnapping peut être motivé par l'argent sans avoir la moindre relation avec le calendrier électoral. C'est justement pour cette raison que CITADEX ne devrait pas accuser sans preuve. Notre rôle est de regarder les incitations, les décisions et les conséquences. Si une élection est reportée, le pouvoir intérimaire demeure en place. Cela ne signifie absolument pas que ceux qui restent au pouvoir ont provoqué le report. Mais cela signifie que la société doit savoir quelles garanties empêchent une telle prolongation de devenir indéfinie. ET C'EST LÀ QUE LE DÉBAT DEVIENT SÉRIEUX Une démocratie mature ne demande pas simplement : « Qui est responsable? » Elle demande également : « Quelles garanties empêchent l'abus, quelle que soit la personne au pouvoir? » Si Fils-Aimé veut réellement être jugé sur sa promesse de conduire Haïti vers des élections, la meilleure réponse à cette question serait la transparence. Que le gouvernement explique clairement les mécanismes de sortie. Que le CEP explique ce qui arrive en cas d'impossibilité matérielle de tenir le scrutin. Que les institutions juridiques expliquent le cadre applicable. Que les partenaires internationaux publient leurs propres critères concernant la crédibilité et la sécurité du processus. Et que personne ne puisse un jour dire au peuple : « Nous ne savions pas ce qui devait arriver. » LE CEP DOIT AUSSI RÉPONDRE Le CEP ne peut pas porter uniquement la responsabilité d'imprimer les bulletins et de publier les dates. Son propre calendrier reconnaît que la sécurité est une condition de réalisation. Il doit donc expliquer à la population comment cette condition sera évaluée et quelles procédures seront appliquées si elle n'est pas satisfaite. Les Haïtiens doivent savoir combien de centres de vote sont actuellement considérés comme accessibles, comment seront protégés les bureaux situés dans les zones à risque, comment seront transportés les matériels sensibles, comment seront protégés les membres des bureaux de vote et comment les citoyens déplacés pourront participer au processus. Une élection nationale ne peut pas être crédible si une partie du pays est de facto exclue du scrutin par la peur. Cette question devient encore plus urgente à mesure que les opérations avancent. Le calendrier prévoit l'inscription des électeurs jusqu'au 13 octobre, le recrutement des membres des bureaux de vote jusqu'au 21 novembre, la distribution du matériel à partir du 18 octobre et la campagne du premier tour jusqu'au 12 décembre. Autrement dit, le pays entre progressivement dans la phase où les décisions sécuritaires devront être transformées en opérations concrètes. LES PARTENAIRES INTERNATIONAUX NE PEUVENT PAS NON PLUS SE CONTENTER D'ENCOURAGER L'OAS, CARICOM et les autres partenaires internationaux ont un rôle essentiel à jouer, mais ce rôle doit aller au-delà des communiqués encourageant Haïti à tenir des élections. Lors de sa récente visite, le secrétaire général de l'OEA, Albert Ramdin, a insisté sur la nécessité de renforcer la force internationale chargée de combattre les gangs et de sécuriser des infrastructures et axes stratégiques indispensables au processus électoral. Il a notamment souligné l'importance de sécuriser les accès à l'aéroport international, au port et aux régions du Sud afin de créer les conditions d'un processus électoral sûr. Cela signifie que les partenaires internationaux reconnaissent eux-mêmes que le calendrier électoral ne peut fonctionner sans une amélioration mesurable de la sécurité. Leur responsabilité est donc également de dire la vérité lorsque les conditions ne sont pas réunies. Soutenir Haïti ne signifie pas soutenir aveuglément chaque date annoncée. Soutenir Haïti signifie aider les institutions haïtiennes à créer les conditions permettant au peuple de voter réellement. HAÏTI NE DOIT PAS ÊTRE PIÉGÉ ENTRE DEUX MAUVAISES OPTIONS Le pays ne peut pas rester indéfiniment dans une transition. Mais il ne peut pas non plus organiser une élection simplement pour pouvoir dire qu'il a organisé une élection. Un scrutin dans lequel des milliers de citoyens ne peuvent pas circuler, où des candidats ne peuvent pas accéder à certaines régions, où les agents électoraux craignent pour leur sécurité et où des territoires entiers sont sous la menace de groupes armés ne résoudrait pas nécessairement la crise institutionnelle. Il pourrait au contraire créer une nouvelle crise de légitimité. C'est pourquoi le débat doit sortir du faux choix entre « élections à tout prix » et « transition sans fin ». Haïti a besoin d'une troisième voie : une élection crédible accompagnée de garanties institutionnelles claires pour le cas où les conditions ne permettraient pas sa tenue. Si le scrutin est possible, il doit avoir lieu. S'il devient impossible, la procédure doit être connue, limitée, surveillée et juridiquement encadrée. Dans aucun scénario le pouvoir ne devrait pouvoir se prolonger simplement parce que personne n'a défini à l'avance ce qui vient après. LE PEUPLE HAÏTIEN DOIT ÊTRE AU CENTRE DE CETTE CONVERSATION Pendant trop longtemps, les grandes décisions concernant l'avenir politique d'Haïti ont été discutées entre gouvernements, diplomates, partis, groupes de pression et institutions internationales alors que la population était invitée à attendre. Cette fois, le peuple doit savoir ce qui se prépare. Il doit connaître les dates, les règles, les conditions de sécurité et surtout les mécanismes qui protègent son droit de choisir. Le citoyen haïtien n'a pas à choisir entre une élection dangereuse et une transition interminable. Il a le droit d'exiger les deux choses à la fois : la sécurité et la démocratie. Il a le droit de demander au gouvernement pourquoi certaines routes demeurent dangereuses. Il a le droit de demander au CEP comment il compte atteindre les zones difficiles d'accès. Il a le droit de demander aux observateurs internationaux ce qu'ils voient réellement sur le terrain. Et il a le droit de demander à tous ceux qui exercent aujourd'hui le pouvoir : quelle est votre date de sortie? LA QUESTION QUI DOIT ÊTRE POSÉE AUJOURD'HUI, PAS LE 14 DÉCEMBRE Le débat autour de Fils-Aimé ne devrait donc pas être réduit à une accusation de vouloir conserver le pouvoir. Ce serait trop facile et, à ce stade, insuffisamment démontré. La vraie question est institutionnelle : quelles barrières existent pour empêcher n'importe quel gouvernement intérimaire de devenir permanent si une élection échoue? Si ces barrières existent, le gouvernement doit les montrer. Si elles sont inscrites dans le pacte, la population doit pouvoir les lire. Si elles reposent sur la Constitution ou sur d'autres textes juridiques, les juristes doivent les expliquer publiquement. Si elles n'existent pas clairement, le pays doit les établir avant que la prochaine crise ne les rende indispensables. Parce que le danger ne réside pas uniquement dans la possibilité que quelqu'un veuille rester au pouvoir. Le danger réside également dans la possibilité qu'un système permette à quelqu'un d'y rester parce que personne n'a prévu comment l'en faire sortir. ET C'EST POURQUOI LE CAS DE CALEB JEAN-BAPTISTE NE DOIT PAS ÊTRE ISOLÉ DU RESTE DU TABLEAU Le kidnapping de Me Caleb Jean-Baptiste ne prouve pas une conspiration électorale. Les déclarations de Lanmò Sanjou ne prouvent pas que l'enlèvement avait une motivation politique. Et rien dans les éléments actuellement établis ne permet de dire que le gouvernement Fils-Aimé a organisé ou provoqué cet enlèvement. Nous devons être extrêmement prudents sur ces distinctions. Mais cet événement nous donne quelque chose que les débats théoriques n'offrent pas : un exemple concret de la distance qui existe encore entre l'État que le calendrier électoral suppose et l'État que certains citoyens expérimentent quotidiennement. Lorsque des personnes peuvent être kidnappées sur les routes, lorsque des groupes armés peuvent étendre leur influence vers les zones rurales et lorsque des responsables publics doivent eux-mêmes composer avec cette réalité, la question de savoir comment organiser une élection nationale devient immédiatement une question de capacité étatique. HAÏTI DOIT SAVOIR OÙ SE TROUVE LA PORTE DE SORTIE Le pays a déjà connu suffisamment de transitions pour savoir qu'une transition sans mécanisme de sortie clair peut rapidement devenir une nouvelle crise. Le CPT devait conduire vers les élections. Son mandat a pris fin sans que cet objectif soit réalisé. Fils-Aimé dirige maintenant une nouvelle phase intérimaire dont la mission déclarée est de restaurer la sécurité et de conduire le pays vers un gouvernement élu. L'OEA, CARICOM et le FMI présentent également cette période comme une étape vers la restauration d'un gouvernement démocratique et légitime. Alors faisons les choses différemment cette fois. Avant le 13 décembre, avant même la campagne électorale, avant que le premier bulletin ne soit imprimé, Haïti doit savoir ce qui arrive si les conditions ne permettent pas de voter. Le pays doit savoir qui décide, selon quelle loi, pendant combien de temps et avec quelles limites. Les citoyens doivent savoir que leur incapacité à voter un jour donné ne peut pas devenir automatiquement une autorisation donnée à ceux qui gouvernent de rester indéfiniment. HAÏTI VEUT VOTER — ET C'EST PRÉCISÉMENT POUR CELA QU'ELLE DOIT POSER CES QUESTIONS Nous ne devrions pas avoir peur de poser ces questions parce que nous voulons des élections. Nous devons les poser parce que nous voulons que ces élections signifient quelque chose. Une démocratie véritable ne commence pas le matin où l'électeur dépose son bulletin. Elle commence bien avant : lorsque les règles sont claires, lorsque les institutions sont responsables, lorsque les candidats peuvent concourir équitablement, lorsque les citoyens peuvent circuler librement et lorsque personne ne peut utiliser une crise pour transformer un mandat temporaire en pouvoir permanent. Le 13 décembre est donc plus qu'une date électorale. C'est un test de l'État haïtien. Un test pour le CEP. Un test pour le gouvernement. Un test pour la Police nationale. Un test pour les partenaires internationaux. Mais surtout, c'est un test pour savoir si Haïti peut enfin sortir du cycle dans lequel chaque crise devient la justification de la prochaine transition. Haïti mérite des élections. Haïti mérite la sécurité. Haïti mérite un gouvernement légitime. Et le peuple haïtien mérite de savoir, avant de confier son avenir à une nouvelle transition électorale, exactement qui détient le pouvoir, pourquoi il le détient et quand il doit le remettre. NOTRE REGARD ÉDITORIAL CITADEX ne demande ni le maintien d'un gouvernement intérimaire ni son départ. Nous demandons des règles claires, des institutions responsables et une transparence totale sur la route qui doit conduire Haïti vers un gouvernement élu. Nous suivrons le calendrier du CEP, la situation sécuritaire, les opérations sur le terrain, les décisions du gouvernement, les positions de l'OEA, de CARICOM et des autres partenaires, ainsi que toute évolution concernant la capacité réelle du pays à organiser un scrutin crédible. Notre responsabilité n'est pas de défendre une date ni une personnalité politique. Notre responsabilité est de défendre le droit du peuple haïtien à connaître les règles et à exercer son pouvoir dans des conditions crédibles, libres et sécurisées. 💬 Votre opinion compte Que pensez-vous de cet article? Partagez votre point de vue, posez une question ou ajoutez une information pertinente dans les commentaires. CITADEX — Découvrir. Comprendre. Participer. 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  • PÈRE FRANTZY PETIT-HOMME : QUAND LES ACTES PARLENT PLUS FORT QUE LES DISCOURS

    Huit écoles. Cinq églises. En seulement cinq ans. Derrière ces réalisations se trouve une prise de conscience simple mais profonde : Haïti ne peut pas continuer à attendre que quelqu’un d’autre vienne la reconstruire. Lorsqu’une communauté choisit de s’organiser, de se solidariser et de transformer ses convictions en actions concrètes, des résultats deviennent possibles. L’expérience de Père Frantzy Petit-Homme et de Fanmi Pitit Manman Mari nous oblige à poser une question : que pourrions-nous accomplir si nous décidions, nous aussi, de construire ensemble ? CITADEX | VOIX DE LA COMMUNAUTÉ | September 5, 2026 Il existe des histoires que nous racontons simplement pour rendre hommage à ceux qui les ont écrites. Et puis il existe des histoires qui méritent d’être racontées parce qu’elles peuvent nous apprendre quelque chose sur nous-mêmes et sur le pays que nous voulons devenir. Le parcours du Révérend Père Frantzy Petit-Homme et l'expérience de Fanmi Pitit Manman Mari appartiennent, à notre avis, à cette deuxième catégorie. Dans une Haïti épuisée par les crises, les divisions, l'insécurité, les difficultés économiques et des décennies de promesses souvent restées sans lendemain, certaines réalisations prennent une signification particulière. Elles nous rappellent qu'au milieu même des difficultés, des Haïtiens continuent de croire qu'il est possible de construire. Lors du cinquième gala 2026 de Fanmi Pitit Manman Mari à New York, le Père Frantzy Petit-Homme a présenté un bilan illustré du travail accompli par le mouvement. Huit écoles et cinq églises ont été réalisées en seulement cinq ans. Il faut véritablement s'arrêter sur cette affirmation, car le chiffre qui mérite peut-être le plus notre attention n'est pas seulement huit, ni cinq, mais cinq années. En cinq ans, une communauté organisée autour d'une vision et d'une mission communes a réussi à transformer sa solidarité en infrastructures concrètes. Derrière chaque bâtiment se trouvent des personnes qui ont donné de leur temps, de leurs ressources, de leur énergie et de leur confiance. Derrière chaque réalisation se trouve surtout une organisation qui a réussi à maintenir son engagement suffisamment longtemps pour transformer une idée en quelque chose de réel. HUIT ÉCOLES. CINQ ÉGLISES. CINQ ANS. Nous sommes tellement habitués en Haïti aux projets qui prennent des années avant de dépasser le stade des annonces qu'il est important de mesurer ce que représente réellement un tel bilan. Huit écoles et cinq églises en cinq ans, ce n'est pas simplement une liste de bâtiments. Une école signifie des enfants qui disposent d'un espace pour apprendre. Une église représente une communauté qui dispose d'un lieu pour se rassembler. Une infrastructure représente une décision de croire que le futur mérite d'être préparé même lorsque le présent est difficile. Et lorsque treize réalisations de cette nature peuvent être présentées dans une période de cinq années, elles deviennent également la preuve qu'une communauté organisée peut transformer des contributions individuelles en résultats collectifs. La Fondation Fanmi Pitit Manman Mari décrit d'ailleurs une mission structurée autour de trois principes : « Prière, Formation, Service ». La force de cette formule apparaît justement dans la manière dont le service a dépassé le domaine des paroles pour prendre une forme concrète à travers l'éducation, l'aide communautaire et les projets d'infrastructure. Mais le véritable enseignement des cinq années écoulées ne se trouve pas uniquement dans les bâtiments. Il se trouve dans la capacité à organiser la solidarité. Une personne peut avoir une vision, mais elle ne peut pas construire seule huit écoles et cinq églises. Une personne peut avoir la volonté de servir, mais elle a besoin d'autres personnes pour transformer cette volonté en action. Il faut mobiliser des membres, recueillir des ressources, coordonner les efforts, identifier les besoins, maintenir l'engagement et continuer à avancer lorsque les difficultés apparaissent. C'est cette dimension qui donne au bilan présenté par Père Frantzy sa véritable portée. Il n'a pas simplement parlé de ce qu'il souhaitait accomplir. Il a montré ce qu'une communauté avait réussi à accomplir. Et cette distinction est fondamentale dans un pays où les discours sur le changement sont nombreux, mais où les réalisations durables restent trop rares. LA PRISE DE CONSCIENCE QUI CHANGE TOUT Derrière cette démarche se trouve une réalité que nous devons regarder en face : Haïti ne peut pas continuer à attendre qu'un individu, un gouvernement, une organisation internationale, un dirigeant politique ou une autre puissance vienne résoudre à sa place l'ensemble de ses problèmes. Les défis du pays sont trop profonds, trop nombreux et trop anciens pour être confiés à un seul acteur. Cette constatation pourrait conduire au découragement. Elle peut aussi produire exactement l'effet inverse. Elle peut nous obliger à comprendre que si personne ne peut tout faire, chacun doit commencer par faire ce qu'il peut. C'est là que la solidarité cesse d'être simplement une valeur morale et devient une capacité de construction. Le parcours de Père Frantzy semble s'inscrire dans cette logique : accompagner les jeunes, encourager la formation, répondre aux besoins des communautés et mobiliser des personnes autour d'objectifs communs. Ce passage de la prise de conscience à l'action est probablement l'un des éléments les plus importants de son expérience. Parce que la prise de conscience seule ne construit rien. La frustration seule ne construit rien. Les critiques seules ne construisent rien. Il faut transformer la prise de conscience en décision, la décision en organisation et l'organisation en action. CINQ ANS : VOILÀ PEUT-ÊTRE LE CHIFFRE QUE NOUS DEVONS RETENIR Cinq ans, ce n'est pas une génération. Ce n'est pas une éternité. C'est une période suffisamment courte pour nous obliger à poser une question simple : qu'est-ce qui devient possible lorsque des personnes cessent d'attendre et commencent à s'organiser ? En cinq ans, Fanmi Pitit Manman Mari affirme avoir réalisé huit écoles et cinq églises, tout en développant un réseau qui compte aujourd'hui plus de 80 groupes organisés dans 13 régions d'Amérique, d'Europe et des Caraïbes. Ce résultat ne signifie évidemment pas que toutes les communautés peuvent reproduire exactement le même bilan. Chaque territoire possède ses propres ressources, ses propres contraintes et ses propres réalités. Mais il démontre une chose essentielle : le manque de résultats n'est pas toujours uniquement une question de ressources. Il peut également être une question d'organisation, de vision, de continuité et de volonté collective. C'est ici que l'expérience de Père Frantzy devient un message beaucoup plus large pour Haïti. Nous avons l'habitude de demander combien cela coûte, qui va financer, qui va diriger et qui va prendre la responsabilité. Ces questions sont légitimes. Mais nous devons également apprendre à demander : combien de personnes sommes-nous capables de réunir autour d'un objectif précis ? Combien sommes-nous prêts à contribuer ? Comment pouvons-nous organiser nos ressources ? Et surtout, qu'est-ce que nous pouvons accomplir dans cinq ans si nous décidons réellement de travailler ensemble ? Ce sont des questions différentes. Elles déplacent notre attention de l'attente vers l'action. ET SI NOUS NOUS DONNIONS CINQ ANS ? Imaginez maintenant ce qui pourrait arriver si des communautés haïtiennes, en Haïti et dans la diaspora, décidaient de consacrer les cinq prochaines années à construire plutôt qu'à attendre. Cinq ans pour développer des écoles. Cinq ans pour soutenir des microentreprises. Cinq ans pour former des jeunes. Cinq ans pour créer des centres de santé. Cinq ans pour développer des infrastructures sportives. Cinq ans pour renforcer des organisations communautaires. Cinq ans pour créer des institutions capables de continuer à fonctionner après le départ de ceux qui les ont fondées. Nous avons l'habitude de demander ce que le gouvernement va faire, ce que les politiciens vont faire, ce que les étrangers vont faire ou ce que la diaspora va envoyer. Mais peut-être devons-nous également commencer à nous demander ce que nous pouvons construire ensemble au cours des cinq prochaines années. Père Frantzy n'a pas présenté cinq années de promesses. Il a présenté cinq années de réalisations. Voilà pourquoi son expérience mérite notre attention. Nous pouvons débattre des méthodes, poser des questions sur la gouvernance et demander davantage de transparence — et nous devons toujours pouvoir le faire. Mais nous ne pouvons pas ignorer les résultats présentés. Huit écoles. Cinq églises. Cinq années. Dans un pays où nous avons trop souvent appris à mesurer le temps en fonction des crises, il est peut-être temps de commencer à le mesurer également en fonction de ce que nous construisons. UNE COMMUNAUTÉ QUI A APPRIS À S’ORGANISER C'est ici que Fanmi Pitit Manman Mari devient particulièrement intéressante pour CITADEX. Une communauté peut être réunie par une croyance, une culture, une histoire ou une identité commune. Mais la véritable question commence lorsqu'elle doit transformer cette communauté en capacité d'action. Fanmi Pitit Manman Mari se présente aujourd'hui comme un réseau international composé de plus de 80 groupes organisés dans 13 régions d'Amérique, d'Europe et des Caraïbes. Ces groupes sont accompagnés par des coordonnateurs, des responsables et des animateurs qui assurent la continuité de la mission à l'échelle locale. Cette structure est importante parce qu'elle montre qu'une organisation peut progressivement dépasser la logique d'une simple assemblée réunie autour d'une personnalité pour devenir un réseau capable de mobiliser des personnes sur plusieurs territoires. Le dirigeant peut donner la direction, mais le réseau fournit les mains. La vision peut venir d'une personne, mais sa réalisation exige la participation de nombreuses autres. Cette distinction entre une personnalité et une organisation est particulièrement importante dans le contexte haïtien. Nous avons trop souvent construit nos espoirs autour d'individus. Nous cherchons le leader qui changera tout, le président qui transformera le pays, le ministre qui résoudra un problème ou la personnalité qui apportera enfin la solution. Mais les dirigeants viennent et repartent. Les gouvernements changent. Les générations passent. Les institutions et les communautés capables de fonctionner au-delà des individus sont celles qui peuvent réellement durer. Le parcours de Fanmi Pitit Manman Mari nous oblige donc à regarder au-delà de Père Frantzy lui-même. Son leadership compte. Sa vision compte. Son engagement compte. Mais la capacité de la communauté à continuer à fonctionner, à mobiliser et à construire compte encore davantage. Parce que le véritable test d'une œuvre n'est pas seulement de savoir si elle peut réussir sous son fondateur, mais si elle peut continuer à servir lorsque le fondateur ne sera plus là. LA DIASPORA : NOUS AVONS PLUS QUE DE L’ARGENT À DONNER L'expérience de Fanmi Pitit Manman Mari contient également un message particulièrement important pour la diaspora haïtienne. Pendant des générations, la diaspora a souvent été considérée principalement comme une source de soutien financier pour les familles restées au pays. Cette contribution est immense et ne doit jamais être minimisée. Mais la diaspora possède beaucoup plus que de l'argent. Elle possède des compétences, des réseaux, du temps, de l'expérience, des capacités professionnelles et une formidable capacité à mobiliser des ressources. Lorsqu'une communauté de la diaspora organise ces ressources autour d'un projet concret, son impact peut dépasser largement l'aide ponctuelle. Une école peut servir plusieurs générations. Une infrastructure peut rester longtemps après la contribution initiale. Une organisation peut transmettre ses méthodes à de nouveaux membres. La diaspora peut donc passer progressivement du rôle de soutien à celui de partenaire dans la construction. C'est précisément cette transformation que l'expérience de Fanmi Pitit Manman Mari rend visible. Haïti n'a pas seulement besoin que sa diaspora l'aide à survivre aux crises. Elle a besoin que les Haïtiens de partout dans le monde se demandent ce qu'ils peuvent construire ensemble. Une contribution mensuelle organisée. Un programme éducatif. Une entreprise. Un centre de formation. Une infrastructure sportive. Une initiative agricole. Un projet technologique. Une institution culturelle. Il n'est pas nécessaire que tout le monde fasse la même chose. Il faut simplement commencer à transformer notre capacité collective en réalisations collectives. CONSTRUIRE MALGRÉ LA CRISE Il faut également mesurer ce que signifie construire en Haïti aujourd'hui. Les crises politiques, l'insécurité, les déplacements de populations, les difficultés économiques et l'affaiblissement de nombreuses structures rendent presque chaque initiative plus difficile qu'elle ne devrait l'être. Dans un tel environnement, construire une école représente plus qu'une opération matérielle. C'est une déclaration de confiance dans l'avenir. Construire une école signifie croire que les enfants qui y entreront méritent qu'on prépare leur avenir même lorsque le présent est incertain. Construire une infrastructure signifie croire que quelqu'un aura encore besoin de cette infrastructure demain. C'est également une manière de résister à la logique de l'urgence permanente, cette logique qui finit par enfermer une société dans la seule gestion de ses crises au lieu de lui permettre de préparer le lendemain. Une crise exige une réponse immédiate, mais un pays ne peut pas vivre éternellement dans l'urgence. À un moment donné, il faut recommencer à construire des écoles, des centres de santé, des entreprises, des infrastructures sportives, des espaces communautaires et surtout des institutions capables de durer. LES RÉALISATIONS PARLENT Il faut reconnaître une vérité simple : dans une nation fatiguée par les promesses, les réalisations ont une puissance particulière. Un discours peut être magnifique, mais il reste un discours. Une promesse peut être inspirante, mais elle reste une promesse jusqu'au jour où elle devient réalité. Une école, en revanche, est visible. Un enfant qui y étudie est visible. Une communauté qui l'utilise est visible. C'est pourquoi les réalisations de Fanmi Pitit Manman Mari méritent d'être regardées avec sérieux. Elles ne prétendent pas résoudre la crise haïtienne. Elles ne remplacent pas les institutions publiques. Elles ne signifient pas que tout est parfait. Mais elles démontrent quelque chose de fondamental : même dans un environnement extrêmement difficile, une communauté organisée peut produire des résultats concrets. Et cette démonstration possède une valeur immense pour une nation qui cherche encore comment passer de la frustration à l'action. RECONNAÎTRE L’ŒUVRE SANS IDÉALISER L’HOMME CITADEX doit toutefois maintenir une distinction essentielle. Reconnaître les réalisations du Père Frantzy Petit-Homme et de Fanmi Pitit Manman Mari ne signifie pas transformer cette histoire en récit d'admiration aveugle. Toute organisation qui mobilise des ressources doit accepter la transparence. Toute organisation qui grandit doit renforcer sa gouvernance. Tout dirigeant qui acquiert de l'influence doit accepter la responsabilité qui accompagne cette influence. Une grande œuvre mérite une grande transparence. Cette exigence ne diminue pas la valeur d'une réalisation ; elle la protège. Plus une organisation grandit, plus elle doit être capable de documenter ce qu'elle fait, comment elle le fait et ce que ses membres ont permis d'accomplir. Pour CITADEX, reconnaître une réalisation et poser des questions de gouvernance ne sont donc pas deux positions contradictoires. Elles devraient au contraire toujours aller ensemble. Nous ne présentons donc pas Père Frantzy comme un homme parfait, et nous ne présentons pas Fanmi Pitit Manman Mari comme une réponse à tous les problèmes de la nation. Nous observons une expérience. Nous documentons ses réalisations. Nous cherchons à comprendre les mécanismes qui ont permis à cette communauté de passer de la vision à l'action. Et nous posons les questions qui doivent être posées à toute organisation appelée à grandir. C'est précisément ce que doit faire une plateforme qui veut contribuer à une meilleure compréhension d'Haïti. Nous pouvons reconnaître ce qui fonctionne tout en exigeant que ce qui fonctionne devienne encore plus solide, plus transparent et plus durable. HAÏTI A BESOIN DE BÂTISSEURS Haïti ne manque certainement pas de penseurs, d'intellectuels, d'enseignants, de visionnaires, de journalistes ou de personnes capables d'analyser ses problèmes. Elle a besoin de toutes ces compétences pour comprendre, débattre, imaginer et préparer l'avenir. Mais elle a surtout besoin de personnes capables de transformer leurs idées en actions concrètes et leurs actions en structures durables. Elle a besoin de bâtisseurs capables de transformer la prise de conscience en réalisations. Des hommes et des femmes capables de comprendre qu'ils ne pourront peut-être pas réparer tout le pays, mais qu'ils peuvent réparer quelque chose ; qu'ils ne pourront peut-être pas construire tout un système éducatif, mais qu'ils peuvent contribuer à construire une école ; qu'ils ne pourront peut-être pas changer toute une génération, mais qu'ils peuvent donner à quelques enfants une meilleure chance. Lorsque des milliers de personnes adoptent cette philosophie simultanément, ce qui semblait petit commence à devenir national. NOUS N’AVONS PAS BESOIN DE TOUS CONSTRUIRE LA MÊME CHOSE Voilà le message que CITADEX aimerait envoyer à chaque Haïtien qui lira cette histoire, qu'il vive en Haïti ou dans la diaspora. Vous n'avez peut-être pas les moyens de construire une école entière, mais peut-être pouvez-vous financer une salle de classe. Vous ne pouvez peut-être pas créer une université, mais peut-être pouvez-vous aider un jeune à poursuivre ses études. Vous ne pouvez peut-être pas construire un hôpital, mais peut-être pouvez-vous contribuer à un centre de santé. Vous ne pouvez peut-être pas transformer une ville entière, mais peut-être pouvez-vous organiser votre quartier. Vous ne pouvez peut-être pas résoudre la crise nationale, mais peut-être pouvez-vous créer une entreprise, former un jeune, soutenir une famille, bâtir une association ou lancer un projet communautaire. Nous n'avons pas besoin de tous construire la même chose. Mais nous devons commencer à construire quelque chose. Et lorsque des milliers de personnes font ce choix simultanément, les petites réalisations cessent d'être petites. Elles commencent à former les fondations d'une nation différente. PÈRE FRANTZY NOUS MONTRE UNE POSSIBILITÉ Les huit écoles et les cinq églises présentées au gala 2026 ne doivent pas être considérées comme la fin de l'histoire. Elles constituent une preuve visible d'une idée mise en pratique. Une communauté a choisi de s'organiser. Des membres ont choisi de contribuer. Une vision a été transformée en projets. Et les projets sont devenus des infrastructures capables de servir des personnes qui n'étaient même pas présentes lorsque l'idée originale a été formulée. Voilà ce qui donne à ces réalisations leur véritable importance : elles appartiennent déjà un peu à ceux qui viendront après nous. Et maintenant, CITADEX veut retourner cette histoire vers chacun d'entre nous. Père Frantzy a choisi de construire. Fanmi Pitit Manman Mari a choisi de construire avec lui. Mais qu'allons-nous, nous, choisir de construire ? Allons-nous continuer à attendre que quelqu'un d'autre trouve toutes les réponses ? Allons-nous continuer à chercher le prochain grand leader ? Allons-nous continuer à nous plaindre de ce que les autres ne font pas ? Ou allons-nous enfin comprendre qu'une nation ne se reconstruit pas uniquement par le haut, mais aussi par des milliers de communautés qui décident, chacune à leur niveau, de prendre une part de responsabilité dans l'avenir ? Nous avons déjà passé suffisamment de temps à demander qui viendra sauver Haïti. Peut-être est-il temps de poser une autre question : qu'allons-nous faire, nous, avec les cinq prochaines années que nous avons devant nous ? Parce que Père Frantzy nous rappelle quelque chose que nous ne devons pas oublier : la prise de conscience n'a de valeur que lorsqu'elle conduit à l'action. La solidarité n'a de puissance que lorsqu'elle est organisée. Et l'espoir devient véritablement puissant lorsqu'il produit quelque chose de concret. HAÏTI N’A PAS BESOIN QUE NOUS FASSIONS TOUS LA MÊME CHOSE. HAÏTI A BESOIN QUE NOUS FASSIONS TOUS QUELQUE CHOSE. Les hommes passent. Les dirigeants passent. Les gouvernements passent. Les générations passent. Mais ce que nous construisons pour servir les autres peut rester. CITADEX est une plateforme au service de la population haïtienne. Notre mission est de rendre l’information accessible, mettre en lumière les personnes, les institutions et les initiatives qui façonnent Haïti, et permettre à chacun de se faire sa propre opinion. 💬 Votre opinion compte Que pensez-vous de cet article? Partagez votre point de vue, posez une question ou ajoutez une information pertinente dans les commentaires. CITADEX — Découvrir. Comprendre. Participer. La Vigie — CITADEX

  • L’un des postes les plus sous-estimés d’Haïti

    Pourquoi le CASEC pourrait être beaucoup plus important pour votre vie quotidienne que vous ne le pensez Lorsque les Haïtiens parlent de politique et de gouvernement, notre regard se tourne presque instinctivement vers le sommet. Nous parlons du Président, du Premier ministre, des ministres, des parlementaires, des partis politiques et des candidats à la présidence. Nous suivons leurs discours, leurs désaccords, leurs promesses et leurs échecs. Nous consacrons énormément d'énergie à débattre des personnes qui occupent les plus hautes fonctions du pays, en oubliant souvent que l'État ne se résume pas à ce qui se passe à Port-au-Prince. Le gouvernement est censé atteindre les communautés où les Haïtiens vivent réellement, travaillent, élèvent leurs enfants et construisent leur avenir. Parmi les institutions situées au plus près de ces communautés figure le CASEC — Conseil d'Administration de la Section Communale. Il ne bénéficie peut-être pas de la visibilité d'une fonction présidentielle et ses membres ne deviennent généralement pas des personnalités politiques nationales. Pourtant, le rôle de cette institution mérite beaucoup plus d'attention de la part de la population haïtienne. L'importance du CASEC commence par la structure constitutionnelle de l'État haïtien. La Constitution de 1987 reconnaît la section communale, la commune et le département comme des collectivités territoriales et présente la section communale comme la plus petite entité territoriale de la République. Chaque section communale doit être administrée par un conseil de trois membres élus au suffrage universel. Cela signifie que le CASEC n'est pas simplement une organisation communautaire informelle ou un groupe de personnalités locales. Il fait partie de l'architecture constitutionnelle de l'administration territoriale du pays. Lorsque nous parlons de construire une Haïti plus forte, nous ne pouvons donc pas limiter la conversation aux institutions qui fonctionnent dans la capitale. Nous devons également nous intéresser aux institutions conçues pour rapprocher l'administration publique des citoyens. Cette réalité devient particulièrement importante lorsque nous considérons ce que représente réellement le gouvernement dans la vie quotidienne. Pour un citoyen vivant dans une section communale, les préoccupations les plus immédiates peuvent avoir très peu à voir avec la dernière confrontation politique à Port-au-Prince. Elles peuvent être beaucoup plus concrètes : qui représente notre communauté ? Qui est chargé de défendre nos besoins ? Que se passe-t-il avec nos infrastructures locales ? Comment les équipements et services communautaires sont-ils entretenus ? Comment les citoyens peuvent-ils faire parvenir leurs priorités à la commune et aux autres niveaux de l'administration ? À qui devons-nous nous adresser lorsque les problèmes de notre communauté sont ignorés ? Ces questions ne sont pas de simples questions politiques abstraites. Ce sont des questions qui touchent directement la relation quotidienne entre le citoyen et l'État. Le cadre juridique qui régit la section communale attribue au CASEC des responsabilités liées aux intérêts et à l'administration de la section, notamment en ce qui concerne la contribution au fonctionnement et à l'entretien des structures destinées à servir la population. Cela place cette institution dans des domaines susceptibles d'avoir un impact direct sur les communautés, notamment les infrastructures et certains services publics locaux. L'importance de cette responsabilité ne doit pas être sous-estimée. Une institution conçue pour fonctionner au niveau communautaire peut devenir l'un des principaux points de contact entre les citoyens ordinaires et l'ensemble de l'appareil gouvernemental. Pourtant, malgré ce potentiel, beaucoup d'Haïtiens connaissent beaucoup mieux les personnalités politiques nationales que les institutions locales qui sont censées les représenter. C'est ici que le problème institutionnel d'Haïti devient particulièrement visible. Nous connaissons les noms des présidents. Nous connaissons les Premiers ministres, les ministres et les dirigeants politiques qui dominent le cycle de l'information nationale. Nous connaissons les personnalités qui apparaissent quotidiennement à la télévision, à la radio, sur Facebook et sur X. Mais combien d'Haïtiens peuvent identifier les membres du CASEC de leur section communale ? Combien connaissent leurs responsabilités ? Combien comprennent les limites de leur autorité ? Combien savent quelles questions poser à leurs représentants locaux ou comment demander des comptes sur leur travail ? Lorsque les citoyens ne savent pas clairement qui est responsable de quoi, il devient extrêmement difficile d'exiger des comptes. Et lorsque la reddition de comptes devient difficile, les institutions deviennent plus vulnérables à la négligence, à la manipulation politique et à la concentration du pouvoir entre les mains de quelques personnalités. Pendant des décennies, Haïti a accordé une importance considérable aux dirigeants individuels. À chaque cycle politique apparaît une nouvelle personnalité présentée comme celle qui va enfin résoudre les problèmes du pays. Les Haïtiens sont encouragés à placer leurs espoirs dans les présidents, les Premiers ministres, les partis politiques et les personnalités influentes. Lorsqu'un dirigeant échoue, l'attention se déplace vers un autre. Lorsqu'une administration prend fin, le pays commence à chercher la prochaine personne qui pourrait enfin apporter le changement tant attendu. Ce cycle s'est répété pendant des générations. Mais il existe un problème fondamental à construire un pays autour des personnalités : les personnalités sont temporaires. Les dirigeants quittent leurs fonctions. Les gouvernements changent. Les alliances politiques s'effondrent. Les partis disparaissent. Mais le besoin d'institutions capables de fonctionner au service de la population demeure. Les dirigeants passent. Les institutions fortes demeurent. Cette réalité devrait occuper une place beaucoup plus importante dans la conversation nationale haïtienne. Cela ne signifie pas que les dirigeants ne sont pas importants. Le leadership compte énormément. Des dirigeants compétents, éthiques et visionnaires peuvent améliorer le fonctionnement des institutions et accélérer le développement national. Mais aucun pays ne peut construire durablement son avenir en dépendant constamment du caractère ou de la personnalité de l'individu qui occupe la fonction la plus élevée. Les pays solides sont ceux dont les institutions disposent de suffisamment de légitimité, de continuité, de ressources, de professionnalisme et de mécanismes de responsabilité pour continuer à servir la population même lorsque les dirigeants politiques changent. Le CASEC offre donc un exemple particulièrement puissant de la nécessité de changer notre manière de penser la gouvernance. Imaginez une Haïti où les citoyens connaissent la structure de leur section communale, savent qui sont leurs représentants, comprennent leurs responsabilités, connaissent les ressources disponibles pour leur communauté et peuvent facilement accéder aux informations concernant les projets et décisions locaux. Imaginez des citoyens capables de poser des questions éclairées sur les infrastructures, les services publics, les priorités communautaires et l'utilisation des ressources publiques. Imaginez également un jeune Haïtien vivant à l'étranger capable de retrouver la section communale d'où viennent ses parents, d'en découvrir les institutions et de comprendre ce qui s'y passe. Nous créerions alors une relation complètement différente entre les Haïtiens et leur pays. C'est pourquoi le problème n'est pas uniquement politique. C'est aussi un problème d'information. Un citoyen ne peut pas participer efficacement à une institution qu'il ne comprend pas. Une communauté ne peut pas demander efficacement des comptes à une institution dont elle ignore les responsabilités. La diaspora ne peut pas maintenir un lien significatif avec les communautés d'Haïti si les informations sur ces communautés sont difficiles à trouver. Et un pays ne peut pas développer une véritable culture de responsabilité institutionnelle lorsque sa population connaît davantage les personnalités politiques que les structures qu'elles sont censées diriger. C'est précisément pour cette raison que CITADEX estime qu'Haïti doit changer la direction de son attention politique et civique. Au lieu de demander constamment quelle personne va sauver Haïti, nous devons commencer à demander comment Haïti peut construire des institutions capables de servir sa population indépendamment de la personne au pouvoir. Au lieu de connaître uniquement les noms des présidents et des candidats politiques, les Haïtiens devraient connaître les institutions responsables de leurs communes et de leurs sections communales. Au lieu de considérer l'administration locale comme une partie obscure du système politique, nous devons la reconnaître comme l'un des fondements sur lesquels une gouvernance nationale efficace devra éventuellement reposer. Le CASEC représente donc beaucoup plus qu'un simple acronyme que peu de citoyens connaissent. Il représente une occasion de repenser ce que signifie être citoyen. La citoyenneté ne devrait pas se limiter à voter tous les quelques années ou à exprimer son opinion politique sur les réseaux sociaux. Elle signifie également comprendre comment l'État est organisé, savoir qui est responsable de quoi, participer à la vie de sa communauté et demander des comptes aux personnes et aux institutions auxquelles des responsabilités publiques ont été confiées. Plus une institution est proche de la population, plus il devient important que les citoyens comprennent son fonctionnement. C'est là que commence la mission plus large de CITADEX. CITADEX ne devrait pas être simplement un autre site qui publie des listes de lieux et d'institutions. Il doit aider les Haïtiens à découvrir, comprendre et rester connectés à leur pays. Cela signifie donner de la visibilité aux institutions qui disparaissent souvent de la conversation nationale : le CASEC, l'ASEC, les municipalités, les départements, les écoles, les établissements de santé, les organisations culturelles, les organisations communautaires, les entreprises et les autres structures qui constituent ensemble le tissu vivant d'Haïti. Cela signifie également créer des passerelles permettant aux Haïtiens de la diaspora de rester connectés aux communautés et aux institutions qui font partie de leur histoire. Haïti ne se résume pas à Port-au-Prince. Haïti, ce sont ses départements, ses communes, ses sections communales, ses quartiers, ses villages et ses communautés. Haïti, ce sont aussi les millions d'Haïtiens vivant à l'étranger qui continuent à porter ce lien avec eux. Une plateforme nationale qui souhaite réellement aider les Haïtiens à comprendre leur pays doit donc regarder au-delà de la capitale et au-delà des personnalités politiques qui dominent l'actualité. Elle doit aller plus loin — vers les communautés, les institutions, les histoires et les structures qui constituent véritablement le pays. Le CASEC nous rappelle également que la décentralisation ne peut pas rester un simple concept constitutionnel inscrit dans des textes de loi. Elle doit devenir une réalité que les citoyens peuvent comprendre et expérimenter. Haïti a rencontré d'importantes difficultés dans la mise en œuvre de son système de décentralisation, et l'existence d'une institution dans les textes ne signifie pas automatiquement qu'elle dispose des ressources, des capacités ou de l'autorité nécessaires pour remplir efficacement ses responsabilités. Cette réalité rend la connaissance institutionnelle encore plus importante. Si les Haïtiens veulent une administration locale plus forte, ils doivent d'abord être capables de la voir, de la comprendre, de l'évaluer et d'exiger qu'elle fonctionne. L'avenir d'Haïti ne peut pas être construit uniquement du sommet vers la base. La sécurité nationale est importante. Les élections sont importantes. L'économie est importante. Le leadership présidentiel est important. Mais aucun de ces éléments ne peut, à lui seul, créer un État fonctionnel si les structures institutionnelles qui se trouvent en dessous restent faibles. Une Haïti plus forte exige des communautés plus fortes, des municipalités plus fortes, une administration territoriale plus efficace et des citoyens qui comprennent les institutions censées les servir. La transformation nationale doit finalement atteindre les endroits où vivent réellement les Haïtiens ordinaires. La question la plus importante n'est donc peut-être pas simplement : « Qui dirigera Haïti ? » La question devrait plutôt être : « Quel type d'institutions restera-t-il lorsque les dirigeants d'aujourd'hui auront quitté la scène ? » C'est une question plus difficile parce que les institutions exigent de la patience, de l'organisation, de la transparence, de la responsabilité et une participation citoyenne durable. Mais c'est aussi une question qui ouvre la voie vers un avenir beaucoup plus durable. Un dirigeant peut inspirer une nation pendant un moment. Des institutions solides peuvent servir une nation pendant des générations. Le CASEC n'est peut-être pas l'institution la plus prestigieuse d'Haïti. Ses membres ne domineront probablement jamais les journaux télévisés nationaux. Leur travail ne provoquera pas toujours de grandes discussions politiques. Mais précisément parce que cette institution est proche du citoyen, son importance mérite d'être comprise. Si nous voulons véritablement construire une autre Haïti, nous devons cesser de regarder uniquement les personnes qui occupent les plus hautes fonctions et commencer à porter notre attention sur l'architecture institutionnelle qui doit relier l'État à la population. Haïti n'a pas seulement besoin de meilleurs dirigeants. Haïti a besoin d'institutions plus fortes, responsables et redevables — et de citoyens qui comprennent ces institutions, y participent et exigent qu'elles rendent des comptes. C'est la conversation que CITADEX veut contribuer à créer. Pas seulement : « Qui va sauver Haïti ? » Mais plutôt : « Comment construire une Haïti dont les institutions pourront servir son peuple, peu importe qui détient le pouvoir ? » Les dirigeants passent. Les institutions fortes doivent rester. 🇭🇹 CITADEX — Découvrez Haïti. Comprenez Haïti. Restez connectés.

  • LE CEP DOIT MAINTENANT RÉPONDRE : LES QUESTIONS QUI S’ACCUMULENT AUTOUR DU PROCESSUS ÉLECTORAL

    À mesure que le processus avance vers le scrutin du 13 décembre, les questions ne concernent plus seulement les partis politiques. Elles concernent directement chaque citoyen appelé à voter. Entre les difficultés signalées dans l’inscription des électeurs, les problèmes techniques autour du système des 30 000 membres, les interrogations sur certaines dispositions du décret électoral, la sécurité, la participation de la diaspora et la préparation déjà engagée du contentieux électoral, le CEP doit maintenant passer d’une communication institutionnelle à des réponses précises, vérifiables et accessibles à la population. THE HAITIAN PULSE | CITADEX — ANALYSE | 1er SEPTEMBRE 2026 LE PROBLÈME N’EST PAS QUE DES QUESTIONS SOIENT POSÉES. LE PROBLÈME SERAIT DE NE PAS Y RÉPONDRE. Haïti entre progressivement dans une phase où le processus électoral cesse d’être une affaire réservée aux institutions, aux partis politiques et aux spécialistes du droit électoral. Chaque opération réalisée aujourd’hui aura des conséquences sur le vote de demain. Le citoyen qui doit s’inscrire, le parti qui doit présenter ses candidats, le candidat qui doit constituer son dossier, l’observateur qui veut surveiller le scrutin, le journaliste qui doit couvrir les opérations et le citoyen vivant à l’étranger qui pourrait participer au vote ont tous besoin de savoir exactement quelles sont les règles, comment elles sont appliquées et quels mécanismes existent lorsqu’un problème survient. Le Conseil électoral provisoire affirme officiellement vouloir conduire un processus inclusif, impartial, transparent et responsable. Ce sont des principes importants. Mais dans une élection, la confiance ne peut pas reposer uniquement sur les déclarations de l’institution qui organise le scrutin. Elle se construit par la possibilité pour la population de comprendre le processus, de vérifier les informations, de signaler les problèmes, de contester les décisions et d’obtenir des réponses. C’est précisément pour cette raison que les préoccupations qui viennent d’être soulevées autour du processus électoral méritent d’être examinées publiquement plutôt que d’être considérées comme de simples querelles entre partis politiques et institutions. 1. QUE SE PASSE-T-IL RÉELLEMENT AVEC L’INSCRIPTION DES ÉLECTEURS ? La première question est probablement la plus importante de toutes : combien de citoyens sont réellement inscrits, où sont-ils inscrits et comment la population peut-elle vérifier l’état du processus ? Le CEP a lancé les opérations d’inscription et a progressivement déployé son dispositif sur le territoire. Mais plusieurs acteurs politiques réunis avec le gouvernement entre le 23 et le 30 août ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme un manque de transparence dans le déroulement des opérations ainsi qu’une insuffisance de sensibilisation de la population. Ces préoccupations ne signifient pas automatiquement que le processus est frauduleux ou irrégulier. Elles signifient cependant qu’un problème de visibilité existe suffisamment pour que plusieurs acteurs demandent des explications. Le citoyen haïtien devrait pouvoir savoir, département par département, combien de personnes ont été inscrites, combien de centres fonctionnent réellement, combien de personnes ont été enregistrées, combien de dossiers ont été rejetés et pour quelles raisons, et quelles zones restent difficiles ou impossibles à couvrir. Une élection nationale ne peut pas être évaluée uniquement à travers des communiqués annonçant que les opérations continuent. Il faut pouvoir mesurer cette progression. Si le CEP dispose de ces données, leur publication régulière permettrait de réduire les spéculations et de donner à la population une image beaucoup plus claire de l'état réel du registre électoral. 2. QUE SE PASSE-T-IL AVEC LA PLATEFORME DES 30 000 MEMBRES ? Voici une deuxième question que le CEP doit maintenant clarifier avec beaucoup de précision. Plusieurs organisations politiques ont signalé des difficultés techniques concernant la plateforme numérique utilisée dans le cadre de l’exigence des 30 000 membres. Le communiqué gouvernemental rapportant les consultations avec les acteurs politiques mentionne explicitement des défaillances techniques et opérationnelles de ce système. Il fait également état de problèmes liés au rejet de cartes d’identification considérées comme valides. Pour la population, il faut comprendre quelque chose de fondamental : 30 000 membres ne signifie pas automatiquement 30 000 électeurs ayant démontré leur popularité dans une élection. Il s’agit d’une exigence liée à la participation des organisations politiques au processus. La question essentielle devient donc celle de la vérification. Lorsqu’une organisation affirme avoir atteint le seuil, comment le CEP vérifie-t-il les personnes soumises ? Comment traite-t-il les doublons ? Comment vérifie-t-il l’identité ? Que se passe-t-il lorsqu’une carte valide est rejetée ? Et surtout, comment un citoyen peut-il savoir si ses informations ont été utilisées pour l’inscrire comme membre d’une organisation politique sans son consentement ? Voilà une question qui dépasse largement les partis politiques. Elle touche directement les données personnelles des citoyens. 3. SI UNE CARTE VALIDE EST REJETÉE, QUI PEUT CORRIGER L’ERREUR ? C’est probablement l’une des questions les plus sensibles révélées par les consultations gouvernementales. Des organisations politiques ont signalé des cas où des cartes d’identification valides auraient été rejetées parce que le système indiquait qu’un citoyen, membre ou dirigeant d’un parti, serait déjà inscrit dans une autre organisation politique — parfois, selon les préoccupations rapportées, sans que cette personne en ait connaissance. Le gouvernement a transmis ces préoccupations au CEP et lui a demandé d’apporter des réponses. Si un tel problème existe, il ne suffit pas de dire qu’il s’agit d’un dysfonctionnement technique. Il faut expliquer le mécanisme de correction. Un citoyen doit pouvoir savoir s’il apparaît dans la base de données d’une organisation politique, comprendre pourquoi son nom y figure, contester une inscription qu’il n’a jamais autorisée et faire corriger ou supprimer l’information lorsqu’elle est erronée. La question devient encore plus importante dans un contexte électoral où les données d’identification des citoyens constituent une partie essentielle de l’architecture du processus. Le CEP doit donc expliquer clairement quelles garanties existent pour empêcher qu’un citoyen soit politiquement affilié dans un système informatique sans son consentement. 4. LE DÉCRET ÉLECTORAL ET LE CALENDRIER DISENT-ILS EXACTEMENT LA MÊME CHOSE ? Une autre préoccupation officiellement rapportée par le gouvernement concerne un décalage allégué entre certaines dispositions du décret électoral et la manière dont le calendrier électoral est actuellement appliqué. C’est une question technique, mais elle est extrêmement importante pour la population parce qu’une élection ne peut pas fonctionner correctement si les acteurs ne savent pas quelles règles ont priorité lorsque deux échéances ou deux dispositions semblent entrer en contradiction. Le CEP a publié le 27 juillet un calendrier qui fixe le premier tour de la présidentielle et des législatives au 13 décembre 2026, avec un second tour prévu le 21 février 2027. L’institution précise elle-même que le respect de ces échéances dépend notamment de conditions sécuritaires acceptables et des ressources financières nécessaires. Mais si le décret et le calendrier sont interprétés différemment par certains acteurs, le CEP doit expliquer publiquement comment il résout ces différences. La population n’a pas besoin d’un débat juridique incompréhensible. Elle a besoin de savoir quelle règle s’applique, à quelle date et pourquoi. 5. QUELS SONT EXACTEMENT LES DÉLAIS POUR LES CANDIDATURES ? Cette question découle directement de la précédente. Des acteurs politiques ont également exprimé des préoccupations concernant les délais prévus pour la constitution des dossiers de candidature, notamment en relation avec certaines dispositions du décret électoral. Pour un citoyen ordinaire, le problème est simple à comprendre : si les règles changent, si certaines procédures techniques ne fonctionnent pas ou si les délais deviennent difficiles à respecter en raison d’un problème qui ne dépend pas du candidat ou de son organisation, quel mécanisme existe pour protéger l’égalité de traitement ? Une élection crédible ne signifie pas que toutes les personnes doivent obtenir ce qu’elles demandent. Cela signifie que tout le monde doit être soumis aux mêmes règles, aux mêmes délais et aux mêmes procédures, avec des mécanismes clairs lorsqu’une erreur administrative ou technique est constatée. 6. ET LA SÉCURITÉ ? QUI GARANTIT QUE LE CALENDRIER SERA RÉALISABLE ? Le CEP lui-même reconnaît que l’exécution de son calendrier dépend notamment de l’établissement d’un climat sécuritaire acceptable. Cette précision est loin d’être secondaire. Elle signifie que le calendrier électoral n’est pas seulement une succession de dates imprimées sur un document : sa réalisation dépend de conditions matérielles et sécuritaires qui doivent exister sur le terrain. La question que le citoyen est donc en droit de poser est la suivante : quels sont les critères permettant au CEP de déterminer qu’une zone est suffisamment sécurisée pour permettre l’inscription, la campagne, le vote, le transport des matériels et la récupération des procès-verbaux ? Et lorsque certaines zones ne peuvent pas être desservies normalement, quelle solution est prévue ? Le CEP doit également expliquer comment il entend garantir que l’insécurité ne crée pas, de fait, deux catégories d’électeurs : ceux qui peuvent facilement exercer leur droit de vote et ceux qui vivent dans des zones où l’État et les structures électorales ont beaucoup plus de difficulté à fonctionner. 7. POURQUOI LE CONTENTIEUX ÉLECTORAL EST-IL DÉJÀ AU CENTRE DE LA PRÉPARATION DU CEP ? Voici un élément particulièrement intéressant de l’actualité récente du CEP. Du 27 au 30 août, l’institution a organisé une formation destinée aux membres des BED et des BEC de neuf départements, à l’exception de l’Ouest, afin notamment de les préparer à leur rôle de Commissaires au Droit électoral auprès des tribunaux électoraux. La formation portait sur la prévention et la gestion des contestations pouvant apparaître depuis l’inscription des électeurs jusqu’à la proclamation des résultats définitifs. Des formations destinées aux juges électoraux et aux avocats ont ensuite commencé le 31 août. Il faut être très clair ici : la préparation du contentieux n’est pas en elle-même un signe que le CEP s’attend à une élection problématique. Dans une démocratie, il est normal et même nécessaire de préparer les mécanismes permettant de résoudre les contestations. Mais cette préparation nous rappelle quelque chose d’essentiel : les contestations font partie du processus électoral et les citoyens doivent savoir comment elles fonctionnent. Qui peut contester ? À quel moment ? Devant quelle juridiction ? Dans quel délai ? Que peut-on contester ? Comment une décision peut-elle être portée au niveau supérieur ? Le CEP possède déjà une structure juridique pour ces questions. Il doit maintenant faire en sorte que le citoyen comprenne cette structure. 8. LE CITOYEN SAIT-IL COMMENT CONTESTER UNE DÉCISION ? C’est ici que CITADEX peut réellement jouer son rôle. Une démocratie ne se limite pas à déposer un bulletin dans une urne. Elle implique également le droit de demander des comptes, de signaler une irrégularité et, lorsque la loi le permet, de contester une décision. Le CEP vient lui-même de rappeler, dans sa formation sur le contentieux électoral, que le droit de contester constitue une garantie essentielle du caractère démocratique du processus. Mais combien de citoyens connaissent réellement la procédure ? Combien savent qu’il existe des niveaux de contentieux électoral ? Combien savent quelle contestation doit être introduite devant quelle instance ? Combien savent qu’une contestation concernant une liste électorale n’est pas nécessairement traitée de la même manière qu’une contestation concernant une candidature ou un résultat ? Le CEP doit transformer cette information juridique en information citoyenne. Et CITADEX peut contribuer à faire exactement cela : prendre le langage institutionnel et juridique et le traduire en langage compréhensible pour la population, sans déformer la règle. 9. ET LA DIASPORA : QU’EST-CE QUI EST DÉJÀ DÉCIDÉ ET QU’EST-CE QUI EST ENCORE À L’ÉTUDE ? Le CEP travaille actuellement sur les modalités de participation électorale des Haïtiens vivant à l’étranger. Une délégation s’est rendue au Chili et au Brésil dans le cadre d’une démarche présentée comme une exploration d’une expérience pilote, tandis qu’une autre mission a eu des échanges au Canada, notamment autour des mécanismes d’inscription et des modalités possibles d’organisation du vote à l’étranger. Le 31 août, le CEP a également rencontré la sénatrice canadienne Suze Youance et a indiqué qu’il entendait poursuivre ses consultations avec des gouvernements, les représentations diplomatiques et consulaires haïtiennes, les associations de la diaspora et d’autres partenaires. Il faut donc éviter une confusion importante : le CEP n’a pas encore présenté publiquement toutes les modalités définitives du vote de la diaspora. Les démarches actuelles montrent qu’il travaille sur la question. Cela signifie que plusieurs éléments restent à préciser : qui pourra voter à l’étranger, comment l’inscription se fera, quels documents seront nécessaires, où les citoyens voteront, comment les bulletins seront sécurisés, comment les résultats seront transmis et comptabilisés, et surtout selon quels critères l’expérience pilote sera évaluée avant une éventuelle extension. La diaspora représente une partie considérable de la communauté nationale. Elle mérite donc autre chose qu'une simple annonce de principe. 10. POURQUOI CES QUESTIONS ARRIVENT-ELLES MAINTENANT ? Parce que le processus entre progressivement dans une phase beaucoup plus concrète. Le CEP a déjà agréé les structures politiques appelées à participer, a procédé au tirage des numéros de campagne, a lancé sa plateforme d’inscription des candidats et travaille parallèlement sur les opérations électorales, la formation des structures déconcentrées, le contentieux et la participation éventuelle de la diaspora. Autrement dit, nous ne sommes plus au stade où l’on parle simplement de la possibilité d’organiser des élections. Le système est en train d’être construit opération par opération. C’est précisément maintenant que les questions doivent être posées. Plus on approche du scrutin, plus le coût d’une ambiguïté augmente. Une erreur qui peut être corrigée aujourd’hui peut devenir beaucoup plus difficile à corriger quelques semaines avant le vote. LE GOUVERNEMENT A POSÉ LES QUESTIONS. MAINTENANT, LES RÉPONSES DOIVENT VENIR. Le fait nouveau qui donne une importance particulière à cette discussion est que le gouvernement a organisé, du 23 au 30 août, une série de consultations avec plusieurs groupements et partis politiques. Selon le communiqué rapporté par plusieurs médias, les participants ont soulevé des problèmes concernant l’inscription des électeurs, le système des 30 000 membres, le rejet de cartes valides, l’application du décret électoral, les délais de candidature, la neutralité du gouvernement et les conditions sécuritaires. Le Premier ministre aurait ensuite saisi le CEP afin que l’institution électorale apporte des réponses aux préoccupations exprimées. Il faut faire attention à ne pas transformer automatiquement les plaintes des acteurs politiques en faits établis. Une accusation formulée par un parti n’est pas une preuve. Mais l’inverse est également vrai : une plainte répétée ne devrait pas être écartée simplement parce qu’elle vient d’un acteur politique. La bonne réponse démocratique consiste à vérifier. Si le système fonctionne correctement, les données et les explications du CEP peuvent le démontrer. S’il existe des erreurs, l’institution doit pouvoir les identifier et les corriger. C’est exactement pour cela que la transparence est importante : elle permet de remplacer les accusations par des faits vérifiables. CE QUE CITADEX DEMANDE AU CEP CITADEX ne demande pas au CEP de donner raison aux partis politiques. CITADEX ne demande pas non plus au CEP de défendre son processus contre ses critiques. Nous demandons quelque chose de beaucoup plus simple : que l’institution électorale rende son travail vérifiable par la population. Nous voulons savoir où en est réellement l’inscription des électeurs. Nous voulons comprendre comment fonctionne la plateforme des 30 000 membres et comment les erreurs sont corrigées. Nous voulons savoir comment un citoyen peut vérifier qu’il n’a pas été enregistré politiquement sans son consentement. Nous voulons comprendre comment le CEP interprète les dispositions du décret lorsqu’elles semblent entrer en contradiction avec certaines échéances opérationnelles. Nous voulons connaître les garanties offertes aux candidats et aux organisations politiques en cas de problème technique. Nous voulons savoir comment les conditions sécuritaires seront évaluées. Nous voulons comprendre les modalités concrètes envisagées pour le vote de la diaspora. Et nous voulons que le citoyen connaisse les mécanismes de contestation lorsqu’il estime qu’une décision électorale porte atteinte à ses droits. LA TRANSPARENCE N’EST PAS UNE MENACE POUR LE CEP. ELLE EST SA MEILLEURE PROTECTION. Une institution électorale qui refuse les questions crée naturellement de la suspicion. Une institution électorale qui répond précisément, publie ses données, explique ses procédures et reconnaît rapidement ses erreurs lorsqu’elles existent renforce au contraire sa crédibilité. Le CEP n’a donc rien à perdre à répondre. Au contraire, chaque réponse claire réduit l’espace disponible pour les rumeurs. Chaque donnée publiée permet de vérifier une affirmation. Chaque procédure expliquée permet au citoyen de comprendre ses droits. Chaque problème reconnu et corrigé montre que le système possède des mécanismes de contrôle. Et chaque décision juridiquement motivée permet aux acteurs de comprendre pourquoi une demande a été acceptée ou rejetée. C’est cela que signifie réellement une élection transparente. Ce n’est pas seulement le moment où l’urne est ouverte. C’est tout le processus qui doit pouvoir être compris et contrôlé. LE 13 DÉCEMBRE N’EST PAS SEULEMENT UNE DATE SUR UN CALENDRIER Le 13 décembre 2026 est actuellement la date officiellement annoncée par le CEP pour le premier tour de la présidentielle, des législatives et la ratification populaire des changements proposés à la Constitution. Le second tour de la présidentielle et des législatives est prévu pour le 21 février 2027. Mais le CEP lui-même précise que l’exécution du calendrier dépend notamment d’un environnement sécuritaire acceptable et des ressources financières nécessaires. Cela signifie que la véritable question n’est pas simplement : « Aurons-nous des élections le 13 décembre ? » La question beaucoup plus sérieuse est : « Serons-nous prêts à avoir des élections crédibles le 13 décembre ? » La différence entre ces deux questions est énorme. Une élection peut être organisée techniquement. Mais une élection démocratiquement crédible exige un registre électoral fiable, des règles connues, des candidats soumis aux mêmes exigences, des citoyens capables de voter, des mécanismes de contestation fonctionnels, une sécurité minimale et suffisamment de transparence pour que la population puisse faire confiance au résultat. ET C’EST LÀ QUE LE CEP DOIT MAINTENANT NOUS PARLER Le CEP a beaucoup communiqué sur ce qu’il fait. Il doit maintenant communiquer davantage sur ce que ses actions signifient concrètement pour le citoyen. Il ne suffit pas de dire qu’une formation a été organisée. Il faut expliquer pourquoi elle est importante. Il ne suffit pas d’annoncer une plateforme. Il faut expliquer comment elle protège les citoyens. Il ne suffit pas de publier un calendrier. Il faut expliquer ce qui se passe lorsque les conditions nécessaires à son exécution ne sont pas réunies. La population haïtienne n’a pas besoin d’être transformée en spécialiste du droit électoral. Elle a besoin d’une information claire, complète et accessible. Elle doit pouvoir comprendre le chemin qui mène jusqu’au scrutin, savoir où elle se trouve dans ce chemin et connaître les mécanismes disponibles lorsqu’une difficulté apparaît. Une démocratie mature ne demande pas au citoyen de faire confiance aveuglément à l’institution. Elle donne au citoyen les moyens de vérifier. CITADEX VA CONTINUER À POSER LES QUESTIONS Le processus électoral appartient à la nation haïtienne. Il n’appartient ni au CEP, ni au gouvernement, ni aux partis politiques, ni aux candidats, ni aux partenaires internationaux. Le CEP possède la responsabilité institutionnelle d’organiser les élections, mais le peuple haïtien possède le droit de comprendre comment ces élections sont organisées. CITADEX ne prendra pas parti pour un candidat, un parti ou une institution. Nous examinerons les documents, les décisions, les données, les procédures et les contradictions lorsqu’elles apparaissent. Nous distinguerons les faits vérifiés des déclarations politiques, les problèmes documentés des accusations et les questions encore sans réponse des conclusions que les preuves permettent réellement de tirer. Parce qu’une élection crédible ne commence pas le jour où l’électeur entre dans l’isoloir. Elle commence le jour où le citoyen peut regarder le processus et dire : « Je comprends les règles. Je sais comment elles sont appliquées. Je sais comment contester une décision. Et je peux vérifier ce qu’on me dit. » CITADEX — NOTRE REGARD SUR LE PROCESSUS ÉLECTORAL Le CEP doit maintenant répondre. Pas parce que CITADEX veut condamner l’institution, mais parce que la population a le droit de savoir. Les questions sont désormais suffisamment nombreuses et suffisamment importantes pour mériter des réponses publiques, précises et documentées. Et nous continuerons de suivre les réponses. CITADEX — INFORMER. DÉCODER. CONTRÔLER.

  • Michel Martelly s’est inscrit comme électeur : assiste-t-on aux prémices d’un retour politique en Haïti ?

    L’ancien président n’a pas annoncé sa candidature. Mais son retour en Haïti, l’émergence de DEBLOKE, l’absence du PHTK du paysage électoral officiel et, désormais, son inscription comme électeur créent une question politique que le pays ne peut tout simplement pas ignorer. Opinion Citadex | 31 août 2026 Il existe des moments en politique où un acte administratif apparemment ordinaire devient politiquement significatif en raison de la personne qui l’accomplit, du moment où elle le fait et du contexte qui l’entoure. La décision de Michel Joseph Martelly de s’inscrire comme électeur à Pétion-Ville, le dimanche 30 août, appartient à cette catégorie. En apparence, il n’y a rien d’extraordinaire à ce qu’un citoyen haïtien s’inscrive comme électeur. Il s’agit d’une démarche normale et nécessaire pour participer à une élection. Mais lorsque cette démarche est accomplie par un ancien président de la République, figure toujours influente d’un courant politique qui a profondément marqué la dernière décennie, elle prend nécessairement une dimension politique supplémentaire. L’inscription de Martelly intervient en outre à un moment particulièrement sensible : Haïti se prépare à un processus électoral qui doit permettre le renouvellement des institutions nationales après plusieurs années de crise politique, tandis que les forces politiques traditionnelles se réorganisent et que de nouvelles coalitions cherchent à occuper l’espace laissé vacant par les anciennes structures. Martelly, qui avait quitté le pays pour vivre principalement aux États-Unis, est revenu en Haïti en juillet et vient maintenant de poser un geste concret qui le replace, au moins sur le plan administratif, dans le corps électoral. Plusieurs médias haïtiens ont rapporté qu’il s’était inscrit au Lycée National de Pétion-Ville, accompagné de son avocat, Me Mario Delcy. Aucun des éléments crédibles examinés par CITADEX ne permet cependant d’affirmer qu’il a officiellement décidé de briguer la présidence. À ce jour, Michel Martelly est un électeur inscrit, et non un candidat déclaré à la présidence. Cette distinction doit constituer le point de départ de toute analyse sérieuse. Mais la politique ne se limite jamais aux annonces officielles. Elle est également faite de signaux, de mouvements, de repositionnements et de décisions dont la portée réelle n'apparaît parfois qu'une fois replacés dans leur contexte. Le retour de Martelly en Haïti, le 15 juillet dernier, avait déjà suscité de nombreuses interrogations sur ses intentions. Son retour intervenait alors que l'enquête judiciaire sur l'assassinat de Jovenel Moïse, son successeur politique, demeurait active et que le paysage politique haïtien commençait à se structurer en vue des prochaines élections. Des observateurs avaient alors estimé que cette présence pouvait également lui permettre de mesurer l'état de son influence politique et de prendre le pouls du pays. Martelly n'avait toutefois annoncé aucun projet politique à ce moment-là. Son inscription comme électeur constitue désormais une nouvelle donnée, différente d'une simple visite privée ou familiale, puisqu'elle le replace concrètement dans le processus électoral. Cela ne signifie toujours pas qu'il sera candidat, mais cela signifie qu'il a accompli une démarche qui serait également nécessaire s'il décidait de participer lui-même à la compétition électorale. C'est précisément cette ambiguïté qui rend la situation intéressante : le geste ne confirme pas une candidature, mais il rend l'hypothèse d'un retour politique beaucoup plus difficile à écarter. Commençons par séparer les faits des spéculations Pour CITADEX, cette distinction n'est pas une précaution secondaire; elle est au cœur même de notre rôle. Le fait est que Michel Martelly s'est inscrit comme électeur. Le fait est qu'il est revenu en Haïti en juillet. Le fait est également que le Parti Haïtien Tèt Kale, le PHTK, formation politique qui l'avait porté à la présidence et qui avait ensuite joué un rôle central dans l'accession de Jovenel Moïse au pouvoir, ne figure pas parmi les partis et regroupements actuellement engagés officiellement dans le processus électoral de 2026. Le fait est enfin qu'un autre regroupement, DEBLOKE, a émergé dans le paysage électoral actuel et que plusieurs personnalités ayant évolué dans l'espace politique du PHTK et de Martelly y sont associées. DEBLOKE a par ailleurs entrepris des démarches officielles auprès du gouvernement au sujet du processus électoral et des conditions nécessaires, selon ses responsables, à la tenue d'élections crédibles. Pris séparément, aucun de ces éléments ne permet de conclure que Martelly prépare une candidature présidentielle. Mais lorsqu'ils sont replacés dans le même contexte, ils constituent suffisamment de signaux pour que la question soit posée sérieusement. Ce que CITADEX ne doit pas faire, c'est transformer ces signaux en certitude; mais ce que CITADEX ne doit pas faire non plus, c'est prétendre qu'ils n'ont aucune signification politique. Notre travail consiste précisément à maintenir cette ligne de séparation entre ce qui est établi, ce qui est plausible, ce qui est allégué et ce qui demeure inconnu. Ce qui n'est donc pas établi, c'est que Martelly ait décidé de se porter candidat à la présidence. Aucune annonce officielle de candidature présidentielle n'a été identifiée dans les sources examinées, et l'inscription comme électeur demeure juridiquement et politiquement distincte de l'inscription comme candidat. Cette nuance est fondamentale, car une partie de la conversation publique autour de Martelly tend déjà à franchir cette frontière en transformant une démarche électorale réelle en preuve d'une intention politique qui n'a pas encore été déclarée. Il serait tout aussi erroné de conclure que Martelly ne peut pas avoir d'ambition présidentielle simplement parce qu'il ne l'a pas encore annoncée. En politique, particulièrement à l'approche d'une échéance électorale, les acteurs préparent souvent leurs options avant de rendre leurs intentions publiques. C'est pourquoi CITADEX doit conserver une position équilibrée : nous ne dirons pas que Martelly est candidat tant qu'il ne l'est pas officiellement, mais nous ne traiterons pas non plus son inscription comme un événement politiquement insignifiant. Le problème du PHTK : le parti est absent, mais le réseau politique pourrait ne pas l'être C'est ici que l'analyse devient beaucoup plus intéressante. Le PHTK a constitué l'une des forces politiques les plus importantes de la dernière période politique haïtienne. Il a porté Michel Martelly à la présidence en 2011 et a ensuite contribué à l'émergence de Jovenel Moïse, qui lui a succédé au Palais national. Le parti a donc représenté beaucoup plus qu'une simple structure électorale : il a constitué pendant plusieurs années un réseau politique, institutionnel et humain présent dans plusieurs secteurs de l'État et de la société. Or, dans le processus électoral actuel, le PHTK n'a pas enregistré de liste propre pour participer à la compétition. Son absence du paysage électoral officiel est donc un fait qu'il faut prendre au sérieux. Mais l'absence d'un parti du bulletin de vote ne signifie pas nécessairement la disparition de l'influence politique construite autour de ce parti. Les réseaux politiques peuvent changer de nom, intégrer des coalitions, soutenir d'autres structures, fonctionner autour de personnalités ou se reconstituer sous de nouvelles formes. L'histoire politique haïtienne offre d'ailleurs suffisamment d'exemples de partis et de mouvements qui ont survécu à des transformations institutionnelles en changeant de véhicule électoral. C'est dans ce contexte que DEBLOKE mérite une attention particulière, sans pour autant que CITADEX commette l'erreur de présenter automatiquement cette coalition comme un « nouveau PHTK ». DEBLOKE est un regroupement de plusieurs organisations et personnalités, et il serait intellectuellement injuste de réduire l'ensemble de ses membres à une seule filiation politique. Toutefois, plusieurs éléments documentés rendent son apparition pertinente dans l'analyse du retour possible de l'ancien président. Parmi les personnalités associées à sa direction figure Marie Yanick Mézile Lhérisson, ancienne ministre sous Martelly et ancienne vice-présidente du PHTK. Le regroupement a également engagé des démarches officielles dans le cadre du processus électoral et s'est positionné publiquement sur les conditions nécessaires à la tenue d'élections crédibles. Cela ne signifie pas que DEBLOKE agit sur instruction de Martelly, ni que Martelly en est le chef, ni même qu'il en sera nécessairement le candidat. Cela signifie simplement qu'il existe un ensemble de connexions politiques objectives entre l'ancien espace Martelly-PHTK et une partie du nouveau paysage électoral. Lorsque l'on ajoute à cela le retour de Martelly en Haïti et son inscription récente comme électeur, la question d'un éventuel repositionnement politique devient légitime. Alors, Martelly se prépare-t-il à être candidat ? Au moins trois scénarios méritent actuellement d'être considérés, et aucun ne peut encore être présenté comme certain. Le premier est le plus simple : Michel Martelly fait exactement ce que des millions de citoyens haïtiens sont appelés à faire, c'est-à-dire s'inscrire comme électeur. Le CEP encourage les citoyens remplissant les conditions requises à participer au processus d'inscription, et le fait qu'un ancien président accomplisse cette démarche peut parfaitement relever de l'exercice normal de ses droits civiques. Dans cette hypothèse, son inscription ne constituerait pas une préparation à une candidature, mais simplement une volonté de conserver sa capacité à participer au scrutin et à exercer une influence politique comme citoyen. Cette possibilité ne doit pas être éliminée simplement parce que Martelly est une personnalité politique majeure. La démocratie ne réserve pas l'inscription électorale aux citoyens sans passé politique. Le deuxième scénario est celui d'un retour politique sans candidature personnelle. Martelly pourrait chercher à redevenir une figure centrale de la vie politique haïtienne sans nécessairement vouloir occuper lui-même le Palais national. Un ancien président disposant d'une base politique et d'une forte reconnaissance nationale peut influencer une élection sans figurer sur le bulletin de vote. Il peut soutenir un candidat, contribuer à la formation d'une coalition, mobiliser des électeurs, négocier des alliances ou devenir une figure autour de laquelle plusieurs forces politiques se regroupent. Dans ce scénario, son inscription comme électeur pourrait être un signal de retour dans le débat politique plutôt qu'une préparation directe à une candidature. Le troisième scénario est naturellement celui qui alimente aujourd'hui le plus de spéculations : l'inscription comme électeur serait une première étape vers une candidature présidentielle. Nous ne disposons actuellement d'aucune preuve permettant de l'affirmer, mais le calendrier rend la question politiquement pertinente. À mesure que le processus électoral avance, qu'approche la période d'inscription des candidats et que les coalitions se structurent, les gestes des personnalités susceptibles d'avoir une influence nationale deviennent naturellement plus significatifs. Une candidature éventuelle soulèverait immédiatement des questions juridiques Si Martelly décidait effectivement de se porter candidat, la question ne serait pas simplement politique. Elle deviendrait également juridique, et plusieurs conditions constitutionnelles et électorales devraient être examinées par le CEP. L'article 134-3 de la Constitution prévoit qu'un président ne peut pas être réélu immédiatement, mais qu'il peut solliciter un autre mandat après une période de cinq ans et qu'il ne peut pas exercer plus de deux mandats. Martelly n'ayant exercé qu'un seul mandat, de 2011 à 2016, cette disposition ne constitue pas, en elle-même, un obstacle évident à une éventuelle nouvelle candidature en 2026. Mais la Constitution impose d'autres conditions. L'article 135 prévoit notamment qu'un candidat à la présidence doit jouir de ses droits civils et politiques, avoir sa résidence habituelle en Haïti et avoir résidé dans le pays pendant les cinq années consécutives précédant l'élection. Cette dernière exigence pourrait devenir particulièrement importante dans le cas de Martelly, compte tenu du fait qu'il a vécu à Miami pendant plusieurs années et que plusieurs sources crédibles l'ont décrit comme résidant principalement aux États-Unis. Cela ne permet toutefois pas à CITADEX de déclarer que Martelly serait inéligible. Nous ne disposons pas de son dossier complet de résidence, et les informations publiques sur son lieu de vie ne permettent pas, à elles seules, de déterminer juridiquement s'il satisfait ou non à l'exigence constitutionnelle. Si Martelly annonce une candidature, le rôle du CEP sera précisément de vérifier les conditions d'éligibilité et de produire une décision fondée sur les documents officiels. La bonne formulation n'est donc pas : « Martelly ne peut pas se présenter », mais plutôt : « Si Martelly se porte candidat, le respect de l'exigence constitutionnelle relative à la résidence devra être examiné et documenté. » C'est une différence fondamentale, car CITADEX ne doit ni préjuger d'une décision du CEP ni transformer une question juridique légitime en verdict politique avant que les institutions compétentes aient parlé. Les sanctions internationales constituent un autre dossier à examiner avec précision Le cas de Martelly comporte également une dimension internationale qui ne peut être ignorée, mais qui doit être présentée avec une grande rigueur. Les États-Unis ont imposé des sanctions contre l'ancien président en 2024 en l'accusant notamment d'avoir facilité le trafic de stupéfiants, blanchi des revenus illicites et entretenu des relations avec des trafiquants et des groupes armés. Le Canada l'avait sanctionné en 2022, et l'Union européenne l'a placé sous mesures restrictives en 2025. Ces décisions reposent sur des accusations extrêmement graves formulées par les gouvernements concernés et doivent être présentées comme telles. Elles ne doivent toutefois pas être transformées automatiquement en condamnations judiciaires haïtiennes. Une sanction administrative ou financière imposée par un gouvernement étranger n'est pas juridiquement identique à une condamnation pénale prononcée par un tribunal haïtien. Cette distinction devient particulièrement importante lorsqu'on examine le décret électoral haïtien de 2026. Le décret prévoit certaines conditions d'éligibilité, notamment l'absence de sanctions imposées par le Conseil de sécurité des Nations unies pour les candidats à certaines fonctions. Les sanctions américaines, canadiennes et européennes visant Martelly ne sont pas la même chose qu'une sanction du Conseil de sécurité de l'ONU. Il serait donc juridiquement imprudent d'affirmer que les sanctions étrangères rendent automatiquement Martelly inéligible à la présidence. En revanche, si sa candidature est déposée, ces sanctions internationales feront inévitablement partie du contexte politique que les électeurs examineront et pourraient également susciter des questions juridiques ou institutionnelles auxquelles le CEP devra répondre dans le cadre de ses compétences. Là encore, le rôle de CITADEX n'est pas de prononcer le verdict à l'avance, mais de poser les bonnes questions et de vérifier les réponses institutionnelles. L'enquête sur l'assassinat de Jovenel Moïse ne peut pas être ignorée Le retour politique éventuel de Martelly ne peut pas être analysé indépendamment d'un autre dossier qui demeure profondément sensible dans la mémoire nationale : l'assassinat de Jovenel Moïse. Martelly est revenu en Haïti alors que l'enquête judiciaire sur la mort de son ancien successeur politique se poursuivait. Il a été convoqué comme témoin dans cette affaire et, selon les informations crédibles examinées, il n'a pas été inculpé. Cette précision est essentielle, car le débat public haïtien tend parfois à confondre des statuts judiciaires qui n'ont pas la même portée. Être cité dans un témoignage, être convoqué comme témoin, être entendu par un juge, faire l'objet d'une enquête et être inculpé constituent des situations différentes. CITADEX ne doit pas les mélanger, surtout lorsqu'il s'agit d'une personnalité susceptible de redevenir un acteur électoral majeur. Cela étant dit, le fait qu'une enquête aussi importante demeure ouverte crée nécessairement une question politique si Martelly décidait de briguer à nouveau la présidence. Les électeurs seraient en droit de demander quelles sont exactement les questions qui ont été posées à l'ancien président, quel est son statut judiciaire, quelles réponses il a fournies et si de nouveaux éléments sont apparus depuis sa précédente administration. Poser ces questions ne signifie pas accuser Martelly d'avoir participé à l'assassinat de Jovenel Moïse. Cela signifie simplement reconnaître qu'un dossier aussi grave, qui a profondément bouleversé l'État haïtien, mérite d'être clarifié autant que possible avant que les citoyens ne soient appelés à choisir leurs dirigeants. La transparence judiciaire et la transparence électorale ne sont pas des attaques contre un candidat; elles sont des exigences normales d'une démocratie. Mais la question la plus importante n'est peut-être pas de savoir si Martelly sera candidat C'est probablement ici que le débat devrait aller plus loin. La véritable question n'est pas seulement : « Michel Martelly sera-t-il candidat ? » La question plus importante est peut-être : « Que nous dit la possibilité du retour de Martelly sur le système politique qu'Haïti est en train de reconstruire ? » Si Martelly devient candidat, le pays ne votera pas uniquement sur la personne de Michel Martelly. Il votera également, dans une certaine mesure, sur une période politique dont Martelly a été l'une des figures centrales. Son éventuel retour obligerait donc le pays à revisiter le bilan de son administration, les choix économiques et institutionnels effectués durant cette période, la gestion des fonds PetroCaribe, les nominations politiques, les relations entre les institutions, la question de la sécurité et l'évolution des réseaux politiques qui ont conduit de Martelly à Jovenel Moïse. Pour une partie de la population, Martelly peut représenter une période d'énergie politique, de rupture avec certains codes traditionnels, de mobilisation populaire et d'une forme de proximité avec les citoyens ordinaires. Pour d'autres, il représente une période marquée par des controverses institutionnelles, une forte polarisation politique et des accusations internationales extrêmement graves. CITADEX ne doit choisir aucune de ces interprétations à la place de la population. Notre travail consiste à présenter le bilan, les faits documentés, les décisions prises, les accusations formulées, les réponses de l'intéressé et les éventuelles conclusions judiciaires, puis à permettre aux citoyens de tirer leurs propres conclusions. Une démocratie mature ne demande pas aux électeurs d'oublier le passé, mais elle ne leur demande pas non plus d'accepter comme vérité toutes les accusations formulées contre une personnalité politique. Elle leur donne les éléments nécessaires pour juger. L'électeur haïtien mérite mieux qu'un nouveau concours de personnalités C'est peut-être le plus grand danger à l'approche des élections. Haïti sort de plusieurs années sans institutions nationales élues pleinement fonctionnelles, dans un contexte où les partis traditionnels se sont fragmentés, où de nouvelles coalitions apparaissent et où certaines personnalités autrefois dominantes cherchent à retrouver une place dans l'espace public. Dans le même temps, la population continue de vivre sous la pression de l'insécurité, des déplacements forcés, de la pauvreté et de l'affaiblissement de l'autorité de l'État. Dans un tel environnement, les personnalités connues disposent naturellement d'un avantage considérable. Martelly possède cette notoriété. D'autres anciens présidents ou dirigeants politiques la possèdent également. Mais la notoriété ne constitue pas un programme de gouvernement, une foule n'est pas une politique publique, un réseau politique n'est pas une stratégie de développement et la nostalgie n'est pas un projet national. Si Martelly se présente, CITADEX ne devrait pas dire aux Haïtiens pour qui voter. Nous devrions plutôt leur donner les questions qu'ils doivent poser, et ces questions devraient être les mêmes que celles que nous poserons à tous les autres candidats. Que ferait-il différemment ? Quelle responsabilité assume-t-il pour les décisions prises durant son administration ? Que répond-il aux accusations internationales formulées contre lui ? Quelle est sa position sur les relations entre pouvoir politique et groupes armés ? Que pense-t-il de l'enquête sur l'assassinat de Jovenel Moïse ? Quelle serait sa stratégie pour restaurer l'autorité de l'État ? Comment compte-t-il s'attaquer à la pauvreté, au chômage, à l'exode et aux déplacements massifs de population ? Quelle serait sa politique envers la diaspora ? Comment reconstruirait-il les institutions publiques ? Et surtout, pourquoi la population haïtienne devrait-elle lui accorder une nouvelle chance de diriger le pays ? Ces questions ne sont pas des attaques contre Martelly. Elles sont les questions normales qu'un électorat informé devrait poser à tout ancien président qui souhaiterait revenir au pouvoir. Alors, que signifie réellement l'inscription de Martelly ? Pour l'instant, elle signifie exactement ce que le document électoral indique : Michel Joseph Martelly s'est inscrit comme électeur. Rien de plus n'a été officiellement annoncé. Nous ne pouvons donc pas honnêtement écrire qu'il sera candidat, qu'il a déjà choisi son véhicule électoral ou qu'il a pris la décision de retourner au Palais national. Mais politiquement, cette inscription constitue néanmoins un signal qu'il serait imprudent d'ignorer. Elle indique que l'ancien président ne se tient pas complètement à l'écart du processus électoral. Elle confirme qu'il souhaite conserver la capacité de participer directement au scrutin. Elle intervient après son retour en Haïti et dans un contexte où des acteurs associés à son ancien espace politique occupent déjà une place dans de nouvelles configurations électorales. Elle intervient également alors que le PHTK, l'ancien véhicule politique de Martelly, est absent du processus électoral officiel. Aucun de ces éléments ne constitue à lui seul la preuve d'une candidature, mais leur convergence justifie pleinement que la question soit suivie de près. Que le retour politique de Martelly prenne finalement la forme d'une candidature présidentielle, d'un soutien à un autre candidat, d'un rôle central dans une coalition ou simplement d'une influence sur le comportement électoral de ses anciens partisans reste encore à déterminer. Et c'est précisément là que CITADEX doit maintenir sa discipline. Nous ne devons pas chercher à deviner ce que Martelly fera avant qu'il ne le dise. Nous devons plutôt suivre les faits, vérifier les documents, surveiller les décisions du CEP, examiner les éventuelles candidatures, analyser les coalitions et donner à la population les informations nécessaires pour comprendre ce qui se joue. Notre rôle n'est pas de prédire le prochain mouvement politique; notre rôle est de faire en sorte que, lorsque ce mouvement aura lieu, les citoyens haïtiens comprennent ce qu'il signifie. Michel Martelly se prépare-t-il à revenir sur le bulletin de vote — ou se prépare-t-il simplement à s'assurer une place dans le prochain chapitre politique d'Haïti ? Nous ne le savons pas encore. Et c'est précisément pour cela que nous devons rester attentifs. La position de CITADEX CITADEX ne prend pas position pour ou contre Michel Martelly. Nous ne considérons pas son inscription comme une preuve de candidature, pas plus que nous ne considérons son passé politique comme une raison suffisante pour écarter l'hypothèse d'un retour. Nous considérons simplement que les faits actuellement disponibles justifient une surveillance attentive de ses prochains mouvements politiques. Si une candidature est annoncée, CITADEX devra alors examiner son éligibilité, son programme, son bilan, ses alliances, ses réponses aux accusations internationales et son statut dans les dossiers judiciaires pertinents, exactement comme nous le ferons pour chacun des autres candidats. Le principe est simple : aucune personnalité ne doit être jugée avant l'heure, mais aucune personnalité ne doit non plus échapper à l'examen public auquel tout candidat à la direction d'un pays démocratique doit normalement consentir. CITADEX — Informer. Vérifier. Questionner. Donner au citoyen les moyens de décider.

  • LE VOTE DE LA DIASPORA : CE QUE LE CEP PRÉPARE RÉELLEMENT POUR LES HAÏTIENS À L'ÉTRANGER

    Canada, Brésil et Chili apparaissent au cœur d'une expérience pilote. Le CEP multiplie les missions et consultations à l'étranger, alors que le décret électoral ouvre officiellement la porte au vote de la diaspora. Mais qu'est-ce qu'un « projet pilote » signifie réellement ? Qui pourra voter ? Où ? Comment ? Et pourquoi ces pays ? CITADEX décortique ce qui est déjà établi, ce qui est encore en préparation et les questions auxquelles les autorités doivent répondre. Par La Vigie — Rédaction CITADEX28 août 2026 Pour des millions de Haïtiens vivant à l'étranger, une annonce qui pourrait sembler technique est en train de prendre une importance considérable. Le ministère des Haïtiens vivant à l'étranger, MHAVE, présente actuellement une initiative autour de la participation de la diaspora aux prochaines élections, avec une communication mettant en évidence trois pays : le Canada, le Brésil et le Chili. Le message parle d'une « expérience pilote » destinée à favoriser la participation des Haïtiens vivant dans ces pays au processus électoral haïtien. Mais derrière cette annonce se trouve quelque chose de beaucoup plus important qu'une simple campagne d'information. Le CEP travaille effectivement à la mise en place d'un mécanisme permettant à des Haïtiens vivant hors du territoire national de participer aux prochaines élections, et cette opération vient maintenant d'entrer dans une phase concrète de consultations internationales. Le 18 août, une délégation du CEP a commencé une mission au Chili et au Brésil pour étudier les conditions nécessaires à cette participation ; puis, le 27 août, une autre délégation du CEP s'est rendue au Canada pour discuter avec les autorités canadiennes et Élections Canada des conditions institutionnelles, techniques et logistiques nécessaires à une éventuelle expérience pilote. C'est donc bien réel : quelque chose est en train de se préparer. Mais il faut immédiatement faire une distinction que le public haïtien doit comprendre. Le fait que le CEP mène des missions au Chili, au Brésil et au Canada ne signifie pas encore que les modalités définitives du vote de la diaspora sont établies dans ces trois pays. Cela ne signifie pas non plus que tout Haïtien vivant au Canada, au Brésil ou au Chili peut déjà se rendre dans une ambassade ou un consulat pour voter. Et cela ne signifie surtout pas que ces trois pays constituent nécessairement la liste définitive et exclusive des pays où les Haïtiens de l'étranger pourront voter. Le terme “expérience pilote” est précisément ce qui doit être décortiqué. Pour l'instant, les documents officiels disponibles montrent une démarche de préparation, d'exploration et de consultation ; ils ne donnent pas encore au citoyen toutes les informations pratiques permettant de voter. ALORS, QU'EST-CE QU'UNE « EXPÉRIENCE PILOTE » ? Dans le langage électoral, une expérience pilote signifie généralement qu'une nouvelle méthode est introduite sur une échelle limitée afin de tester son fonctionnement avant une éventuelle généralisation. Dans le cas haïtien, le concept n'est pas complètement nouveau. La Commission de Venise, dans son avis final de décembre 2024 sur les futures procédures électorales en Haïti, avait précisément évoqué la possibilité d'introduire progressivement le vote à l'étranger, notamment en commençant par des bureaux dans les missions diplomatiques ou consulaires des pays comptant une importante population haïtienne. Elle soulignait en même temps que l'inscription des électeurs et l'organisation du vote à l'étranger constitueraient des défis importants et recommandait que toute introduction progressive repose sur un large consensus politique afin d'éviter les soupçons selon lesquels une couverture territoriale limitée pourrait favoriser certains partis. C'est une information importante parce qu'elle nous permet de comprendre pourquoi le mot « pilote » apparaît aujourd'hui. Le concept semble correspondre à une logique de démarrage limité : plutôt que de tenter immédiatement d'organiser un vote dans toutes les communautés haïtiennes à travers le monde, les autorités peuvent tester certaines procédures dans un nombre plus restreint de pays, observer les difficultés rencontrées et ajuster le système avant d'envisager une extension. Mais voici le problème : le CEP n'a pas encore expliqué publiquement, de manière suffisamment détaillée, ce que l'expérience pilote haïtienne testera exactement. S'agit-il de tester l'inscription des électeurs ? L'identification par le NINU ? L'utilisation des ambassades et consulats ? La formation des agents électoraux ? La transmission des résultats ? La sécurité des bulletins ? La gestion des contestations ? Ou l'ensemble de ces éléments ? Tant que ces questions ne sont pas précisées, le mot « pilote » reste une description générale plutôt qu'une véritable explication opérationnelle. LE DÉCRET ÉLECTORAL A DÉJÀ OUVERT LA PORTE Il serait toutefois incorrect de présenter cette initiative comme une simple idée encore inexistante juridiquement. Le décret électoral du 2 juin 2026 prévoit explicitement l'intégration des Haïtiens vivant à l'étranger dans le registre électoral et leur participation aux prochaines élections. Le texte établit donc une base juridique pour cette participation. Le décret prévoit notamment que l'Haïtien vivant à l'étranger ayant la qualité d'électeur participe à la ratification populaire des changements constitutionnels prévus et vote pour l'élection présidentielle dans les communautés de la diaspora identifiées par le CEP. Mais le décret ne règle pas tout. C'est là que le citoyen doit être particulièrement attentif. Créer un droit dans un texte juridique et rendre ce droit opérationnel sont deux choses différentes. Le cadre électoral prévoit que les lieux et les modalités du vote des Haïtiens vivant à l'étranger doivent être déterminés par un arrêté pris en Conseil des ministres sur proposition du CEP. Une analyse récente du dispositif souligne justement que, même si le décret prévoit le vote de la diaspora, les lieux et procédures concrètes n'étaient pas encore fixés par cet arrêté au 22 août. Cela signifie qu'aujourd'hui, la formulation la plus exacte n'est ni « la diaspora va voter partout », ni « la diaspora ne peut pas voter ». La réalité est plus précise : le vote de la diaspora est désormais prévu par le cadre électoral, mais son organisation pratique est encore en cours de construction. MAI 2026 : LE PROJET ÉTAIT ENCORE À L'ÉTAPE PRÉPARATOIRE Cette distinction devient encore plus évidente lorsqu'on regarde la chronologie. Le 27 mai, le CEP avait déjà organisé une réunion avec le ministère des Affaires étrangères et des Cultes, le MHAVE et l'Office national d'identification, précisément autour du vote des Haïtiens vivant à l'étranger. À cette époque, le CEP parlait explicitement de « travaux préparatoires » destinés à initier le vote de la diaspora lors des prochaines compétitions électorales. Les participants devaient examiner les mécanismes institutionnels, les infrastructures à mettre en place et les dispositifs techniques et logistiques nécessaires, notamment à travers les représentations diplomatiques et consulaires haïtiennes. Trois mois plus tard, nous voyons donc le projet passer d'une discussion institutionnelle en Haïti à des missions concrètes dans les pays où vivent des communautés haïtiennes. C'est une évolution importante. En mai, les autorités se demandaient quels mécanismes pourraient être envisagés. En août, elles vont rencontrer les autorités électorales étrangères pour examiner concrètement comment ces pays organisent leurs propres élections et quelles conditions seraient nécessaires pour permettre aux Haïtiens de participer depuis leur territoire de résidence. Cela ne signifie pas que le système est prêt. Mais cela signifie que le dossier avance. POURQUOI LE CHILI ET LE BRÉSIL ? ET POURQUOI LE CANADA ? Voilà l'une des questions que CITADEX estime que le public a le droit de poser. La communication du MHAVE met en avant Canada, Brésil et Chili, mais les documents officiels que nous avons examinés ne donnent pas encore une explication complète et détaillée du choix de ces trois pays comme terrain pilote. Il est raisonnable de penser que la présence d'importantes communautés haïtiennes, les infrastructures consulaires et la capacité des autorités locales à collaborer avec le CEP peuvent entrer en ligne de compte. Mais penser n'est pas savoir, et CITADEX ne remplira pas les espaces laissés par les autorités avec des suppositions. Ce que nous savons, c'est que la mission du CEP au Chili et au Brésil avait notamment pour objectif d'étudier les conditions de participation des Haïtiens vivant dans ces pays et de renforcer la coopération électorale. Au Chili, la délégation a rencontré le ministre chilien des Affaires étrangères ainsi que des représentants du Service électoral du Chili, SERVEL. Les discussions ont porté sur la coopération, la formation du personnel électoral, le renforcement institutionnel, le partage d'expériences et les conditions nécessaires à la participation des Haïtiens vivant au Chili. Le ministère chilien des Affaires étrangères a indiqué qu'il travaillerait avec SERVEL afin de contribuer à cette coopération avec le CEP. Et maintenant, le Canada entre lui aussi dans cette équation. Le 27 août, une délégation du CEP a rencontré des représentants du ministère des Affaires mondiales du Canada, puis des représentants d'Élections Canada. Les échanges ont porté sur les dispositions institutionnelles, techniques et logistiques nécessaires à l'organisation éventuelle du vote des Haïtiens vivant au Canada. La délégation aurait également cherché à comprendre l'expérience canadienne en matière d'accessibilité, d'identification des électeurs et de mécanismes destinés à garantir l'intégrité et la transparence du scrutin. Et cela nous amène à une première conclusion importante : le projet n'est déjà plus aussi simple que “trois pays pilotes”. Le matériel promotionnel du MHAVE présente Canada, Brésil et Chili, mais le CEP mène maintenant des consultations spécifiques au Canada. Il serait donc prématuré d'affirmer que trois pays constituent définitivement l'ensemble du projet pilote. Les autorités doivent expliquer clairement ce que recouvre exactement cette phase pilote, quels pays sont officiellement inclus, lesquels sont seulement étudiés et quels critères déterminent leur sélection. LE VRAI DÉFI : IDENTIFIER QUI A LE DROIT DE VOTER Pour comprendre la difficulté de l'opération, il faut dépasser la photographie d'une ambassade et imaginer la mécanique réelle derrière le bulletin de vote. Le premier problème est l'identification. Qui est électeur ? Comment vérifie-t-on qu'un Haïtien vivant à Montréal, Santiago ou São Paulo possède effectivement la qualité d'électeur ? Comment son identité est-elle vérifiée ? Comment évite-t-on qu'une même personne soit enregistrée à l'étranger et en Haïti, ou dans deux pays différents ? Quel rôle jouera l'ONI ? Comment les données seront-elles protégées ? Et comment un citoyen qui n'a jamais participé à une élection haïtienne depuis l'étranger saura-t-il exactement quelle procédure suivre ? Ce sont des questions fondamentales, parce que le vote de la diaspora ne peut pas être simplement une extension administrative du vote organisé en Haïti. Il faut créer une chaîne complète : identification, inscription, établissement des listes, localisation des bureaux, formation des agents, matériel électoral, sécurité, observation, dépouillement, transmission des résultats et traitement des contestations. Chaque maillon doit être suffisamment robuste pour que le citoyen haïtien en Haïti comme celui vivant à l'étranger puisse avoir confiance dans le résultat. C'est précisément pourquoi la rencontre avec SERVEL au Chili et avec Élections Canada est intéressante. Le CEP ne cherche pas seulement à demander aux pays étrangers de laisser les Haïtiens voter. Il cherche à apprendre comment des systèmes électoraux existants gèrent certaines des difficultés auxquelles Haïti sera confronté. C'est potentiellement une bonne chose. Mais cela rend également nécessaire une transparence beaucoup plus grande sur ce qui est réellement appris et sur la manière dont ces expériences étrangères seront adaptées au contexte haïtien. LA DIASPORA VOTERA-T-ELLE POUR TOUTES LES ÉLECTIONS ? Voici une autre précision essentielle. D'après le cadre actuel analysé par PAM Election, la participation des Haïtiens vivant à l'étranger pour ce cycle est prévue pour la présidence et la ratification constitutionnelle, et non automatiquement pour toutes les catégories d'élections. Cette distinction mérite d'être expliquée parce que le terme « vote de la diaspora » peut donner l'impression que les Haïtiens de l'étranger participeront exactement aux mêmes scrutins que les électeurs vivant en Haïti. Ce n'est pas ce que le dispositif actuel semble prévoir. Le décret établit spécifiquement la participation de l'Haïtien vivant à l'étranger à la ratification populaire et à l'élection présidentielle. Cela signifie que le citoyen de la diaspora doit savoir ce pour quoi il sera appelé à voter, et pas simplement entendre qu'il « aura le droit de vote ». Encore une fois, CITADEX ne cherche pas à soutenir ou à critiquer cette limitation. Notre travail est de l'expliquer. Un droit électoral n'est réellement compris par le citoyen que lorsqu'il sait exactement à quel scrutin il s'applique. LA GRANDE QUESTION : QUI DÉCIDERA OÙ LA DIASPORA VOTERA ? C'est probablement l'un des points les plus importants à surveiller dans les prochaines semaines. Le décret prévoit que les lieux et modalités du vote à l'étranger seront déterminés par un arrêté pris en Conseil des ministres sur proposition du CEP. Cela signifie qu'une grande partie de la mécanique que le public cherche actuellement à comprendre n'est pas encore entièrement visible dans les informations publiques disponibles. CITADEX devra donc surveiller attentivement Le Moniteur. Dès que cet arrêté sera publié, il faudra le lire ligne par ligne. Il faudra vérifier les pays retenus, les villes ou représentations concernées, les conditions d'inscription, les documents exigés, les délais, les modalités de vote, les règles de dépouillement, la transmission des résultats et les mécanismes de contestation. C'est probablement à ce moment que le projet passera d'une expérience annoncée et préparée à un mécanisme électoral véritablement opérationnel. Et c'est là que notre travail de veille devient particulièrement important. Le public ne devrait pas avoir à attendre les réseaux sociaux pour découvrir comment il pourra voter. Les règles doivent être publiées, compréhensibles et accessibles suffisamment tôt pour permettre aux citoyens de se préparer. UNE EXPÉRIENCE PILOTE PEUT ÊTRE UNE BONNE CHOSE — À CONDITION QU'ELLE SOIT TRANSPARENTE Il serait facile de critiquer automatiquement le mot « pilote ». Ce serait une erreur. Tester une nouvelle procédure sur une échelle limitée peut être beaucoup plus responsable que de prétendre être capable de l'appliquer immédiatement à des millions de personnes dans des dizaines de pays. Une phase pilote permet de détecter les problèmes avant de généraliser une procédure. Elle peut permettre de vérifier les systèmes d'identification, les listes électorales, la formation des agents, les procédures de vote et la transmission des résultats. Mais un projet pilote électoral comporte également un risque particulier : si personne ne sait exactement pourquoi certains pays sont sélectionnés et d'autres non, le moindre problème peut alimenter la suspicion politique. C'est précisément la raison pour laquelle la Commission de Venise avait insisté sur l'importance d'un large consensus politique lorsqu'elle évoquait une introduction progressive du vote à l'étranger. Elle soulignait qu'une portée territoriale limitée pourrait autrement susciter des soupçons de favoritisme envers certains partis. CITADEX ne dit pas que ce problème existe actuellement. Nous disons qu'il doit être anticipé. Si le CEP veut que le projet pilote inspire confiance, il devrait expliquer publiquement ses critères de sélection. Pourquoi ces pays ? Combien d'électeurs potentiels ? Quelle infrastructure ? Quels tests ? Quels indicateurs permettront de déterminer si le pilote a réussi ? Et surtout, qu'est-ce qui permettra ensuite de décider si le système doit être étendu à d'autres pays ? CE QUE LE CITOYEN DOIT RETENIR AUJOURD'HUI Pour l'instant, les faits permettent de dire ceci : le vote des Haïtiens vivant à l'étranger est désormais prévu dans le cadre électoral de 2026 ; le CEP travaille depuis plusieurs mois à sa mise en œuvre ; des missions ont été conduites au Chili et au Brésil ; une consultation est maintenant engagée au Canada ; les autorités étrangères sont invitées à partager leurs expériences électorales ; et les modalités concrètes du vote sont encore en cours de préparation. Ce que nous ne pouvons pas encore dire avec certitude, c'est que tous les Haïtiens vivant dans ces trois pays pourront effectivement voter selon une procédure déjà finalisée. Nous ne pouvons pas non plus affirmer que Canada, Brésil et Chili sont définitivement les trois seuls pays concernés par l'expérience pilote. Le matériel du MHAVE les met en avant, tandis que les missions du CEP montrent une démarche qui continue de s'étendre. La situation évolue donc encore. Et c'est précisément pourquoi les Haïtiens de la diaspora doivent commencer à suivre ce dossier maintenant, plutôt que d'attendre quelques semaines avant le scrutin pour découvrir les règles. Ils doivent savoir quand l'inscription commencera, quels documents seront nécessaires, où les bureaux seront situés, quelles élections ils pourront réellement participer à, et comment leur vote sera protégé. Ils doivent également savoir ce qui arrivera si leur nom n'apparaît pas sur une liste, si leur identité est contestée ou si un problème survient au moment du scrutin. LE VOTE DE LA DIASPORA PEUT CHANGER LA RELATION ENTRE HAÏTI ET SES CITOYENS DE L'ÉTRANGER Il ne faut pas sous-estimer la portée politique de cette évolution. Depuis des décennies, les Haïtiens vivant à l'étranger jouent un rôle économique, familial, culturel et social majeur dans le pays tout en étant largement exclus des mécanismes électoraux nationaux. Si le système actuellement préparé fonctionne, une nouvelle relation pourrait commencer à se construire entre l'État haïtien et ses citoyens vivant à l'extérieur du territoire. Mais cette relation ne pourra fonctionner que si elle repose sur la confiance. La diaspora ne devrait pas simplement être invitée à voter ; elle devrait être informée de la manière dont son vote sera organisé. Elle ne devrait pas recevoir une campagne de communication à la place d'une véritable information électorale. Et elle ne devrait surtout pas être appelée à participer à un système dont les règles pratiques ne seraient pas suffisamment claires. C'est pourquoi CITADEX suivra ce dossier avec une attention particulière. Nous surveillerons les prochaines publications du CEP, du MHAVE, du MAEC, de l'ONI et, surtout, les éventuelles dispositions publiées dans Le Moniteur qui transformeront le cadre juridique actuel en règles concrètes applicables au citoyen. Nous regarderons également les informations provenant des autorités électorales des pays concernés, parce que la meilleure façon de comprendre ce qui est réellement négocié est de comparer les versions haïtiennes avec celles des institutions étrangères qui participent aux discussions. EN RÉALITÉ, LE PROJET PILOTE VIENT À PEINE DE COMMENCER Le plus important à retenir aujourd'hui est peut-être ceci : nous ne sommes pas encore devant un système de vote de la diaspora pleinement opérationnel. Nous sommes devant un système en construction. Le décret a ouvert la porte. Le CEP travaille à travers ses partenaires institutionnels. Des délégations se déplacent à l'étranger. Des discussions ont lieu avec les autorités électorales locales. Le Canada vient maintenant s'ajouter aux missions déjà menées au Chili et au Brésil. Et les prochaines décisions réglementaires détermineront si cette initiative peut réellement passer de la préparation à l'exécution. Alors, que signifie réellement « expérience pilote » ? Cela signifie, pour l'instant, que les autorités semblent vouloir tester et construire progressivement un mécanisme de participation électorale de la diaspora plutôt que de prétendre pouvoir le déployer immédiatement partout. Mais le public a encore besoin de connaître les paramètres précis de cette expérience : les pays officiellement retenus, les critères de sélection, le nombre de citoyens concernés, les modalités d'inscription, les lieux de vote, les scrutins concernés, les mécanismes de contrôle et les conditions permettant de considérer le pilote comme réussi. Et ce sont précisément ces détails qui feront la différence entre une belle annonce et un véritable droit électoral accessible au citoyen. Le peuple haïtien — en Haïti comme à l'étranger — ne devrait jamais être obligé de deviner comment fonctionne une élection. Les règles doivent être publiées. Les procédures doivent être expliquées. Les décisions doivent pouvoir être vérifiées. Et lorsque quelque chose change, le public doit le savoir. NOTRE ENGAGEMENT CITADEX est une plateforme indépendante au service du peuple haïtien. Nous surveillons, vérifions et décortiquons les décisions, publications et règles publiques afin d'en expliquer clairement les implications. Nous ne sommes du côté d'aucune institution, d'aucun parti et d'aucun candidat : nous sommes du côté des faits. Vous vivez à l'étranger ou avez des questions sur le vote de la diaspora ? Laissez votre commentaire. Votre question pourrait être celle que des milliers d'autres Haïtiens se posent. CITADEX — Observer. Vérifier. Décortiquer. Informer.

  • KENSCOFF : QUAND L'ÉTAT ABANDONNE SON PEUPLE, QUE RESTE-T-IL ?

    Des alertes avant l'attaque. Des dizaines de morts. Plus de cinquante personnes enlevées. Des maisons incendiées. Un chef de gang qui menace publiquement les forces de sécurité. Et, au milieu de cette catastrophe, un gouvernement qui promet d'enquêter. Mais lorsque la population avait déjà demandé de l'aide, la question n'est plus seulement de savoir qui a commis le massacre. Il faut aussi demander pourquoi l'État n'a pas empêché qu'il se produise. CITADEX — 27 août 2026 Il faut aujourd'hui regarder Kenscoff au-delà des images terribles du massacre et des chiffres qui circulent dans les médias. Selon les Nations unies, l'attaque a fait au moins 47 morts, 22 blessés et plus de 50 personnes enlevées. Des maisons ont été incendiées et des familles ont été contraintes de fuir. Mais le véritable scandale que cette tragédie soulève ne se limite pas à la violence des groupes armés. Il concerne également la capacité de l'État haïtien à anticiper une menace, à protéger une population connue pour être vulnérable et à répondre aux appels de citoyens qui disent avoir demandé de l'aide avant que le massacre ne commence. Le Wall Street Journal rapporte que le maire de Kenscoff avait sollicité à plusieurs reprises l'intervention des autorités avant l'attaque. Si ces informations sont confirmées, nous ne sommes plus simplement devant une catastrophe sécuritaire : nous sommes devant une question fondamentale de responsabilité de l'État. Que savait le gouvernement, quand le savait-il, quelles mesures ont été prises et pourquoi ces mesures n'ont-elles pas suffi à protéger la population ? KENSCOFF N'ÉTAIT PAS UNE MENACE INCONNUE Il serait extrêmement commode de présenter l'attaque du 23 août comme un événement soudain et imprévisible. Les faits disponibles racontent une histoire beaucoup plus inquiétante. Kenscoff avait déjà subi plusieurs attaques au cours des mois précédents, dans un contexte où les groupes armés cherchaient progressivement à étendre leur influence autour de Port-au-Prince. Reuters rapporte que la zone avait déjà été frappée à plusieurs reprises, avec des assassinats, des enlèvements et des incendies. La population n'était donc pas étrangère à la menace et les autorités ne pouvaient raisonnablement ignorer la vulnérabilité de la commune. C'est précisément pour cette raison que les appels à l'aide rapportés avant le massacre prennent une importance particulière : lorsqu'une communauté déjà menacée avertit les autorités qu'elle ne se sent plus en sécurité, la responsabilité de l'État ne commence pas lorsque les premières victimes tombent. Elle commence au moment où l'alerte est reçue. Si les autorités avaient reçu des informations faisant état d'une menace imminente, le peuple haïtien a le droit de savoir comment ces informations ont été évaluées, quelles décisions ont été prises et quelles ressources ont été mobilisées pour prévenir une attaque de grande ampleur. LA QUESTION QUE LE GOUVERNEMENT DOIT AFFRONTER C'est ici que le discours officiel doit être soumis à un examen beaucoup plus rigoureux. Après une catastrophe de cette ampleur, il est normal que le gouvernement annonce une enquête et promette que les responsables seront poursuivis. Mais une enquête menée après le massacre ne répond pas nécessairement aux questions concernant ce qui s'est passé avant le massacre. Les familles des victimes ont besoin de savoir qui a appuyé sur la gâchette, mais la population dans son ensemble doit également savoir pourquoi une attaque de cette ampleur a pu être préparée et exécutée contre une commune dont la vulnérabilité était déjà connue. Une enquête criminelle identifie les auteurs ; une enquête institutionnelle doit déterminer si l'État a correctement exercé ses responsabilités. Ce sont deux questions différentes et le peuple haïtien mérite des réponses aux deux. Dire simplement que les criminels seront poursuivis ne peut pas mettre fin au débat lorsque des citoyens affirment avoir demandé de l'aide avant l'attaque et que des divergences apparaissent ensuite concernant les moyens de sécurité disponibles dans la zone. QUI A DÉCIDÉ DU DISPOSITIF DE SÉCURITÉ ? Des versions contradictoires concernant le dispositif de sécurité de Kenscoff avant l'attaque rendent cette question encore plus importante. Des responsables ont affirmé qu'un certain nombre de véhicules blindés étaient présents dans la zone, tandis que des organisations de défense des droits humains ont donné une version différente concernant les moyens effectivement disponibles pour la PNH. CITADEX ne choisira pas arbitrairement une version simplement parce qu'elle correspond à notre perception de la situation. Nous voulons les documents, la chronologie et les faits. Combien de véhicules blindés étaient réellement disponibles ? Quelles unités étaient affectées à Kenscoff ? Des ressources avaient-elles été retirées ou déplacées avant l'attaque ? Si oui, qui avait pris cette décision et pour quelle raison ? Existe-t-il des rapports opérationnels permettant d'établir avec précision ce qui était disponible avant le 23 août ? Lorsque des dizaines de citoyens meurent quelques jours plus tard, ces questions ne peuvent pas être considérées comme secondaires ou politiquement gênantes. Elles deviennent des questions d'intérêt public. PUIS UN CHEF DE GANG APPARAÎT À L'ÉCRAN La situation prend une dimension encore plus grave lorsqu'un homme présenté comme Izo 2, associé aux groupes armés impliqués dans les violences, apparaît publiquement dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. Selon plusieurs médias, il affirme détenir des otages et menace les forces de sécurité de représailles si leurs opérations entraînent la mort de membres de son groupe. Des images diffusées avec la vidéo montrent également des personnes retenues captives. CITADEX doit rester rigoureux : une déclaration faite par un chef de gang ne constitue pas à elle seule une preuve judiciaire de l'ensemble des crimes commis à Kenscoff et doit être authentifiée et confrontée aux autres éléments de l'enquête. Mais cette nuance ne doit pas servir à minimiser la gravité de ce qui a été publiquement déclaré. Lorsqu'un individu présenté comme un chef de groupe armé apparaît devant une caméra, parle des otages détenus par son organisation et menace directement les forces de sécurité, il démontre au minimum une capacité à communiquer publiquement des conditions à l'État. La population a donc le droit de demander quelle stratégie est mise en place pour protéger et libérer les otages, quelles informations les autorités possèdent sur leur localisation et comment elles comptent empêcher que cette prise d'otages ne devienne un nouvel instrument de terreur. L'ÉTAT NE PEUT PAS ÊTRE PRÉSENT UNIQUEMENT APRÈS LE MASSACRE C'est probablement la question la plus difficile que Kenscoff pose au pouvoir. Un État n'est pas seulement une institution qui intervient après qu'un crime a été commis pour annoncer qu'une enquête sera ouverte ; sa responsabilité première est de protéger les citoyens, d'anticiper les menaces et d'utiliser les moyens dont il dispose pour empêcher autant que possible que les populations vulnérables soient abandonnées à leurs agresseurs. Une conférence de presse n'est pas une opération de sécurité, une promesse de poursuite n'est pas la récupération d'un otage et l'annonce de renforts après plusieurs dizaines de morts ne répond pas entièrement à la question de savoir pourquoi ces moyens n'ont pas permis de prévenir la catastrophe. Le gouvernement peut légitimement dire qu'il combat des groupes lourdement armés et qu'il fait face à des contraintes considérables ; cela ne dispense toutefois pas l'État de rendre compte de ses décisions. Le peuple haïtien ne demande pas l'impossible lorsqu'il demande de savoir ce que ses dirigeants savaient, ce qu'ils ont fait et pourquoi ils ont échoué à protéger une population qui avait besoin d'eux. LE NÉPAL : QUAND LA FRACTURE ENTRE LE PEUPLE ET L'ÉTAT DEVIENT POLITIQUE C'est ici que l'expérience récente du Népal mérite notre attention, non pas parce qu'Haïti devrait reproduire ce qui s'y est passé, mais parce qu'elle révèle un mécanisme politique que tous les gouvernements devraient comprendre. En septembre 2025, les manifestations népalaises ont commencé autour de l'interdiction gouvernementale de plusieurs plateformes de réseaux sociaux, mais elles se sont rapidement transformées en une contestation beaucoup plus large contre la corruption, le népotisme, les privilèges politiques et le sentiment d'une jeunesse déconnectée de ses dirigeants. La réponse sécuritaire a fait au moins 19 morts et plus d'une centaine de blessés. Le gouvernement a finalement levé l'interdiction, tandis que le Premier ministre K.P. Sharma Oli a démissionné sous la pression de la crise. Le point essentiel n'est donc pas de comparer directement les deux pays : le point essentiel est de comprendre comment une population peut accumuler pendant longtemps frustration, méfiance et sentiment d'abandon avant qu'un événement ne devienne le déclencheur d'une crise politique beaucoup plus large. Haïti doit regarder cette expérience avec sérieux parce que notre propre population accumule depuis longtemps des frustrations qui dépassent largement une seule administration ou un seul parti. La violence, les déplacements forcés, les enlèvements, l'effondrement des services publics, la pauvreté, le chômage, la corruption présumée et l'impression persistante que les citoyens ordinaires paient le prix des décisions prises par une classe dirigeante éloignée de leurs réalités créent une pression sociale immense. Kenscoff ajoute quelque chose de particulièrement dangereux à cette équation : le sentiment que même lorsqu'une population demande de l'aide, l'État peut ne pas être capable — ou ne pas être suffisamment réactif — pour la protéger. C'est cette fracture qu'un gouvernement responsable devrait chercher à réduire immédiatement par des actes, de la transparence et des résultats, avant qu'elle ne devienne une rupture irréversible entre la population et les institutions. HAÏTI N'A PAS BESOIN D'UNE NOUVELLE EXPLOSION La leçon du Népal ne devrait donc pas être interprétée comme un appel à la confrontation. Haïti a déjà payé un prix beaucoup trop élevé pour la violence politique et armée. La véritable leçon est que lorsqu'une population perd progressivement confiance dans ses institutions, aucune autorité ne devrait attendre que la colère atteigne le point de rupture avant de commencer à écouter. Le peuple haïtien doit exercer son pouvoir autrement : en s'organisant, en documentant les faits, en demandant des comptes, en exigeant la transparence et en refusant de donner un chèque en blanc à ceux qui prétendent parler en son nom. Les citoyens doivent pouvoir regarder les décisions du gouvernement, du CEP, des candidats et de toutes les institutions publiques et demander : sur quelles preuves cette décision repose-t-elle ? Qui en assume la responsabilité ? Quels résultats pouvons-nous vérifier ? C'est ainsi qu'une population transforme sa frustration en pouvoir civique plutôt qu'en destruction. ET C'EST LÀ QUE LE CALENDRIER ÉLECTORAL DOIT ÊTRE QUESTIONNÉ Pendant que Kenscoff pleure ses morts, le processus électoral continue d'avancer. Le calendrier prévoit actuellement des élections en décembre, alors même que la situation sécuritaire demeure extrêmement préoccupante et que des centaines de milliers de personnes ont été déplacées par la violence. Reuters souligne que la faisabilité du calendrier électoral demeure liée à l'évolution de la situation sécuritaire. CITADEX ne demande pas l'annulation des élections et ne soutient aucun camp politique. Nous demandons simplement que le peuple haïtien puisse poser une question élémentaire : dans quelles conditions une élection peut-elle être considérée comme crédible lorsque des citoyens sont déplacés, que certaines zones échappent au contrôle effectif de l'État et qu'une commune située aux portes de la capitale peut être frappée par une attaque faisant des dizaines de morts et plus de cinquante enlèvements ? Une date inscrite sur un calendrier ne crée pas automatiquement les conditions nécessaires à une démocratie fonctionnelle. Une élection crédible exige la sécurité, l'accès, la liberté de mouvement, la possibilité de faire campagne et surtout la confiance du citoyen dans le processus. Le peuple ne doit pas être invité à courir vers les urnes pendant que l'État lui demande simultanément d'accepter qu'il ne peut pas garantir sa sécurité. LE MOMENT EST VENU DE POSER LES VRAIES QUESTIONS Kenscoff ne doit pas devenir une autre tragédie rapidement remplacée par la prochaine actualité. Les 47 morts, les personnes enlevées, les familles déplacées et les maisons détruites représentent beaucoup plus qu'une statistique dans un rapport international. Ils constituent un test brutal de la capacité de l'État haïtien à protéger ses citoyens et à rendre compte de ses décisions. Si des avertissements ont été reçus avant l'attaque, le peuple doit savoir ce qui en a été fait. Si des ressources de sécurité ont été déplacées, le peuple doit savoir pourquoi. Si des versions officielles contradictoires existent, elles doivent être confrontées aux documents. Si des groupes armés peuvent publiquement menacer les forces de l'ordre et annoncer qu'ils détiennent des otages, le gouvernement doit expliquer sa stratégie. Et si l'État considère que les élections peuvent continuer dans ces conditions, il doit expliquer au peuple haïtien comment il compte garantir leur crédibilité. Le Népal nous rappelle une vérité que les gouvernements ont tendance à oublier : un peuple peut supporter énormément de choses, mais il existe une limite à la distance qu'un gouvernement peut créer entre lui-même et ceux qu'il prétend gouverner. Haïti se trouve aujourd'hui devant cette question. Nous ne savons pas où se situe exactement cette limite, mais Kenscoff montre qu'elle se rapproche dangereusement. La réponse ne doit pas être une nouvelle explosion de violence, ni l'arrivée d'un nouveau prétendu sauveur auquel le peuple abandonnerait une fois encore son jugement. La réponse doit être une population qui devient plus informée, plus organisée, plus exigeante et beaucoup moins disposée à accepter des déclarations sans preuves. Le peuple haïtien n'a pas besoin qu'on pense à sa place. Il a besoin de suffisamment d'informations pour penser par lui-même. NOTRE ENGAGEMENT CITADEX est une plateforme indépendante au service du peuple haïtien. Nous surveillons, vérifions et décortiquons les décisions, publications et déclarations publiques afin d'en expliquer clairement les implications. Nous ne sommes du côté d'aucune institution, d'aucun parti et d'aucun candidat : nous sommes du côté des faits. Que pensez-vous de la situation à Kenscoff et de la réponse des autorités ? Laissez votre commentaire. CITADEX — Observer. Vérifier. Décortiquer. Informer.

  • 30 000 MEMBRES : CE QUE LES HAÏTIENS DOIVENT RÉELLEMENT COMPRENDRE AVANT DE PARLER DE CANDIDATURES

    Une formation politique annonce avoir atteint le seuil exigé par le CEP. Mais que signifie réellement ce chiffre ? Est-ce simplement une déclaration politique, ou le début d'un processus de vérification qui peut encore modifier la réalité électorale ? CITADEX examine les règles et les questions que chaque citoyen devrait se poser. CITADEX — 26 août 2026 Le chiffre de 30 000 commence à prendre une place importante dans le discours politique haïtien à l'approche des prochaines élections. Le 24 août 2026, le groupement politique Ayiti Transfòme a annoncé avoir atteint le seuil de 30 000 membres exigé dans le cadre du processus électoral. Dans son communiqué, la formation présente cette étape comme une avancée majeure de sa structuration et comme le résultat d'une mobilisation citoyenne importante. Cette déclaration intervient alors que le processus d'inscription des candidats a officiellement commencé le 20 août et que le Conseil électoral provisoire vient d'achever plusieurs étapes préparatoires concernant les structures politiques autorisées à participer au processus. Mais derrière ce chiffre apparemment simple se trouve une mécanique électorale que le citoyen haïtien doit comprendre. Que signifie exactement « avoir 30 000 membres » ? Est-ce que le fait pour une organisation politique d'annoncer qu'elle a recueilli 30 000 noms signifie automatiquement qu'elle est autorisée à présenter des candidats ? Ces 30 000 personnes sont-elles déjà considérées comme validées par l'autorité électorale ? Que se passe-t-il lorsqu'un même citoyen apparaît sur plusieurs listes ? Que se passe-t-il lorsqu'un NINU est invalide ? Et surtout, qui vérifie que les 30 000 personnes présentées existent réellement et remplissent les conditions prévues par le décret ? Ces questions ne sont pas secondaires. Elles touchent directement à la crédibilité du processus électoral. 30 000 : une condition légale, pas simplement un slogan politique Le décret électoral du 2 juin 2026 établit une distinction importante. Pour être habilité à présenter des candidatures aux élections, un parti politique, un groupement ou un regroupement de partis agréé par le CEP doit soumettre une liste de 30 000 membres, adhérents ou sympathisants jouissant de leurs droits civils et politiques. Le texte précise également les informations qui doivent accompagner chaque personne inscrite sur cette liste, notamment son nom, son prénom, son sexe et son NINU. Cette disposition mérite d'être comprise correctement. Le seuil de 30 000 n'est donc pas présenté dans le décret comme un simple objectif interne qu'une organisation politique pourrait se fixer pour démontrer sa popularité. Il constitue une condition liée à l'habilitation à présenter des candidatures. Autrement dit, le chiffre intervient dans une étape précise du processus électoral et doit être compris dans le contexte plus large des règles d'agrément, de vérification et d'inscription des candidats. C'est précisément pourquoi CITADEX estime qu'il serait dangereux pour le public de confondre deux choses différentes : atteindre un seuil selon la déclaration d'une organisation politique et satisfaire aux exigences après vérification du dossier par les institutions compétentes. Lorsqu'une formation politique annonce publiquement qu'elle a atteint 30 000 membres, cette déclaration mérite d'être rapportée comme telle. Mais elle ne devrait pas automatiquement être transformée en affirmation selon laquelle les 30 000 personnes ont déjà été vérifiées et validées par le système électoral. 30 000 noms ne veulent pas nécessairement dire 30 000 personnes validées C'est probablement le point le plus important que le citoyen doit retenir. Le décret prévoit que les listes fournies par les partis, groupements ou regroupements doivent faire l'objet d'une vérification à travers l'Office national d'identification. Cette vérification vise notamment à examiner la sincérité des informations, à éviter les doublons et à identifier les NINU non valides. Cela signifie que le processus ne s'arrête pas au moment où une organisation politique remet une liste contenant 30 000 noms. Il existe une étape de contrôle. Cette étape est fondamentale parce qu'elle permet de distinguer le nombre de personnes que l'organisation affirme avoir mobilisées du nombre de personnes dont les informations peuvent effectivement satisfaire aux exigences du cadre électoral. Prenons un exemple simple, sans l'attribuer à aucune organisation. Une formation politique pourrait soumettre une liste de 30 000 personnes. Si, au cours de la vérification, certaines personnes apparaissent également sur la liste d'une autre formation, si certains NINU sont invalides ou si certaines informations ne permettent pas de confirmer la conformité exigée, la question devient alors celle du nombre de personnes qui demeurent valides après vérification. C'est ce nombre qui intéresse véritablement le processus électoral. Le système prévu par le décret est justement conçu pour détecter ces situations. CITADEX ne prétend pas, à ce stade, qu'une organisation donnée possède ou ne possède pas 30 000 membres valides. Nous ne disposons pas des résultats de la vérification institutionnelle de la liste annoncée par Ayiti Transfòme. Notre rôle est justement de faire cette distinction. Une déclaration politique est une information à documenter ; une validation électorale est une autre étape qui doit être documentée séparément. Le NINU devient une pièce centrale du processus Le rôle du Numéro d'Identification Nationale Unique (NINU) mérite également l'attention du public. Le décret ne demande pas simplement aux organisations politiques de fournir des noms. Il exige que les listes comportent notamment le NINU de chaque membre, adhérent ou sympathisant. Le texte prévoit également qu'une même personne ne puisse figurer sur plusieurs listes politiques. Cette disposition répond à une question fondamentale : comment empêcher qu'un même citoyen soit comptabilisé plusieurs fois ? En théorie, l'utilisation du NINU permet justement de rapprocher les données et de détecter les doublons. C'est pourquoi la vérification des listes devient une composante essentielle de cette exigence des 30 000. Mais cette règle soulève aussi une question légitime de transparence : comment le public saura-t-il que cette vérification a réellement été effectuée et avec quels résultats ? Il ne s'agit évidemment pas de demander la publication des données personnelles des citoyens. Le respect de la vie privée et la protection des informations personnelles doivent être préservés. Mais le public pourrait légitimement vouloir connaître les résultats globaux du processus : combien de noms ont été soumis, combien ont été validés, combien ont été rejetés pour doublon, combien ont été écartés en raison d'un NINU invalide et combien ont finalement été retenus. Ce sont précisément ces données agrégées qui permettraient au citoyen de comprendre si le seuil prévu par le cadre électoral a été atteint après vérification. Pourquoi les acteurs politiques eux-mêmes demandent-ils des éclaircissements ? Un élément récent mérite particulièrement notre attention. Le 20 août, alors que la période d'inscription des candidats venait de commencer, le CEP a organisé une journée d'échanges avec des représentants des structures politiques autour de la plateforme d'inscription des candidats et de l'état d'avancement du processus électoral. Selon le propre compte rendu du CEP, les représentants politiques ont notamment soulevé des questions concernant le décret électoral, le financement des partis, l'exigence de soumettre la liste de 30 000 membres, ainsi que la situation sécuritaire du pays. Le CEP indique que ces discussions ont permis aux représentants politiques d'exprimer leurs préoccupations et de demander des éclaircissements sur différents aspects du processus. Les acteurs ont également été invités à soumettre un mémoire regroupant leurs doléances, propositions et attentes. Cette information est importante parce qu'elle montre que la question des 30 000 membres n'est pas uniquement une question créée par les médias ou par des citoyens cherchant à comprendre le processus. Elle a également été soulevée directement par des acteurs politiques lors d'une rencontre officielle avec le CEP. Cela mérite d'être documenté, sans prendre parti pour les formations qui demandent des explications et sans présumer que les préoccupations exprimées sont nécessairement fondées. Un processus électoral qui avance rapidement Le contexte dans lequel cette question apparaît est également important. Le CEP affirme avoir poursuivi rapidement les différentes étapes de préparation du processus électoral. Des structures politiques ont été enregistrées et agréées, les numéros de campagne ont été attribués et la plateforme d'inscription des candidats a été présentée aux acteurs concernés. Le 19 août, le CEP a procédé au tirage au sort des numéros de campagne attribués aux partis et groupements politiques agréés et a rappelé que la période d'inscription des candidats débutait le 20 août. Cette succession d'étapes signifie que le processus entre désormais dans une phase où les conditions d'accès aux candidatures prennent une importance concrète pour les formations politiques. C'est précisément pour cette raison que le citoyen ne devrait pas attendre le début de la campagne électorale pour chercher à comprendre les règles. Les décisions qui détermineront qui pourra se présenter, sous quelle bannière et selon quelles conditions sont en train d'être prises maintenant. Et si une liste contient moins de 30 000 personnes après vérification ? C'est ici que CITADEX veut être particulièrement prudent. Il serait facile de faire un article affirmant qu'une organisation qui annonce 30 000 membres est automatiquement qualifiée. Il serait tout aussi facile de faire l'inverse et de suggérer qu'une organisation n'a pas réellement atteint le seuil simplement parce qu'elle en fait l'annonce. Les deux positions iraient au-delà des faits disponibles. Ce que nous pouvons établir, c'est qu'une liste doit être soumise et qu'elle fait l'objet d'un mécanisme de vérification portant notamment sur la sincérité des informations, les doublons et la validité des NINU. Le processus électoral prévoit également des étapes et des échéances précises pour les structures politiques qui souhaitent participer aux élections. La question que CITADEX continuera donc de suivre est simple : quels seront les résultats de cette vérification et comment seront-ils communiqués au public ? Cette question ne vise aucune organisation particulière. Elle s'adresse à l'ensemble du système électoral. Le citoyen doit regarder au-delà du chiffre Le débat politique haïtien a souvent tendance à transformer les chiffres en instruments de persuasion. Un nombre important de membres peut être présenté comme une preuve de popularité. Un nombre faible peut être présenté comme une preuve de faiblesse. Mais dans le cadre d'une procédure électorale, un chiffre n'a de valeur que s'il est défini, vérifiable et replacé dans son contexte juridique. 30 000 personnes mobilisées n'est pas nécessairement la même chose que 30 000 personnes vérifiées. Une organisation agréée n'est pas nécessairement une organisation ayant déjà obtenu toutes les validations nécessaires pour chaque candidature. Un candidat inscrit n'est pas encore un candidat élu. Et une annonce politique, quelle qu'elle soit, ne devrait jamais être confondue avec une décision officielle de l'autorité compétente. C'est précisément là que le rôle du citoyen devient important. Au lieu de simplement demander : « Qui a 30 000 membres ? », il devrait demander : « Selon quelle procédure ces membres sont-ils vérifiés ? Quels sont les critères de validation ? Qui contrôle les doublons ? Que se passe-t-il lorsqu'un NINU est invalide ? Quel est le nombre final validé ? Et où le public pourra-t-il consulter les résultats de cette vérification ? » Ces questions ne sont pas une attaque contre le processus électoral. Elles sont une expression normale de la vigilance citoyenne. Dans une démocratie, la transparence ne devrait pas être perçue comme une menace. Elle devrait être considérée comme une condition de la confiance publique. 30 000 membres : le chiffre est important, mais le processus l'est encore davantage L'annonce faite par Ayiti Transfòme doit donc être replacée dans son véritable contexte. Le groupement affirme avoir atteint le seuil de 30 000 membres. Cette affirmation peut être rapportée et documentée. Mais le citoyen doit comprendre qu'entre l'annonce d'un chiffre et sa validation dans le cadre électoral, il existe un processus administratif et technique qui mérite lui aussi d'être suivi. Et c'est précisément ce processus qui devrait intéresser la population. Qui vérifie ? Avec quelles données ? Selon quelles règles ? Dans quels délais ? Quels résultats sont produits ? Quelles erreurs peuvent être corrigées ? Quelles informations seront rendues publiques ? Et surtout, comment le citoyen pourra-t-il savoir que les règles annoncées avant l'élection sont effectivement celles qui ont été appliquées ? CITADEX suivra ces questions au fur et à mesure que de nouvelles informations officielles seront publiées. Notre objectif n'est pas de déterminer quelle formation politique mérite la confiance du citoyen. Notre objectif est de donner au citoyen suffisamment d'informations pour qu'il puisse exercer lui-même son jugement. Car dans une démocratie, la confiance ne devrait pas être demandée aveuglément. Elle devrait être construite par la transparence, la vérification et la possibilité pour le citoyen de comprendre ce qui se passe. NOTRE ENGAGEMENT CITADEX est une plateforme indépendante qui travaille exclusivement au service du peuple haïtien. Notre rôle est de surveiller, vérifier et décortiquer les publications, décisions et informations officielles afin d'en expliquer clairement les implications et les subtilités à la population. Nous ne sommes du côté d'aucune institution, d'aucun parti et d'aucun candidat : nous sommes du côté des faits. Vous avez une question, une observation ou un point de vue sur ce sujet ? Laissez-nous votre commentaire. Votre voix fait partie du débat que CITADEX souhaite éclairer. CITADEX — Observer. Vérifier. Décortiquer. Informer.

  • HAÏTI PEUT-ELLE VRAIMENT VOTER DANS CES CONDITIONS ?

    Kenscoff, l’insécurité et le calendrier électoral : le peuple haïtien a le droit de demander des comptes HAITIAN PULSE — 25 AOÛT 2026 Il existe des moments dans la vie d’une nation où une question cesse d’être théorique pour devenir une obligation morale. Haïti se trouve aujourd’hui devant l’un de ces moments. Depuis plusieurs mois, le Conseil électoral provisoire avance méthodiquement vers l’organisation des prochaines élections, avec un calendrier désormais établi et des opérations électorales déjà engagées dans plusieurs régions du pays. Mais pendant que le calendrier avance sur le papier, la réalité du pays continue de raconter une histoire profondément différente. Dans la nuit du 23 au 24 août 2026, la population de Kenscoff a été frappée par une attaque d’une extrême violence qui, selon les informations rapportées par les Nations unies et reprises par Reuters, a fait au moins 47 morts et 22 blessés. Des maisons ont été incendiées, des habitants ont été contraints de fuir et plusieurs personnes auraient également été enlevées. Reuters rapporte que cette nouvelle attaque intervient après une série d’attaques répétées contre Kenscoff depuis 2025, alors que des habitants accusent les autorités et la police de ne pas avoir réussi à assurer leur protection. Ce qui s’est passé à Kenscoff n’est donc pas simplement un nouvel épisode de violence dans une longue liste de tragédies. C’est un événement qui doit nous obliger à examiner avec beaucoup plus de rigueur la question centrale de la prochaine échéance électorale : dans quelles conditions le peuple haïtien sera-t-il réellement appelé à voter ? Il serait trop facile, et intellectuellement malhonnête, de transformer immédiatement cette tragédie en accusation politique contre le CEP ou contre quelque autre institution. CITADEX n’a pas pour mission de défendre le Conseil électoral, le gouvernement, une coalition politique ou un candidat. Notre responsabilité est différente : nous devons examiner les faits, les documents officiels, les décisions prises, les conditions dans lesquelles elles sont prises et les conséquences qu’elles peuvent avoir sur le citoyen ordinaire. C’est précisément pour cette raison que la situation de Kenscoff mérite notre attention. Le 27 juillet 2026, le CEP a publié son calendrier électoral et fixé au 13 décembre 2026 le premier tour de l’élection présidentielle et des élections législatives, ainsi que la ratification populaire des changements proposés à la Constitution. Le second tour des législatives et de la présidentielle, ainsi que les élections des collectivités territoriales, sont prévus pour le 21 février 2027. Mais dans la même communication, le CEP reconnaît que le respect de ces échéances dépend notamment de l’établissement d’un climat sécuritaire acceptable et de la disponibilité des ressources financières nécessaires à la poursuite du processus. Cette précision est fondamentale. Elle signifie que la sécurité n’est pas simplement une difficulté extérieure au processus électoral : elle constitue, selon les propres termes de l’institution chargée d’organiser les élections, l’une des conditions permettant au calendrier de devenir réalisable. Et cette condition n’est pas nouvelle. Elle apparaît déjà dans le calendrier publié par le CEP sous le précédent cadre électoral, qui fixait alors le premier tour des élections législatives et présidentielles au 30 août 2026, avec un second tour prévu le 6 décembre 2026. Là encore, le CEP avait averti que le respect des échéances dépendait notamment de l’établissement d’un climat sécuritaire acceptable et de la disponibilité des ressources financières. Ce changement de calendrier mérite lui-même d’être expliqué au peuple. Une date qui devait être celle du premier tour le 30 août est devenue, dans le calendrier publié le 27 juillet, une échéance fixée au 13 décembre. Ce n’est pas nécessairement la preuve d’une manipulation, et CITADEX ne doit pas le présenter comme tel sans éléments supplémentaires. Mais c’est une modification suffisamment importante pour que les citoyens comprennent exactement ce qui a changé, pourquoi cela a changé, quelles conditions ont empêché le premier calendrier d’être respecté et surtout si les difficultés qui justifiaient les réserves précédentes ont réellement été résolues ou simplement repoussées dans le temps. Le calendrier avance, mais la réalité sécuritaire avance dans l’autre direction C’est ici que le drame de Kenscoff prend une dimension nationale. La question que nous devons poser n’est pas de savoir si quelqu’un est favorable ou défavorable aux élections. Le peuple haïtien a besoin d’élections et a besoin, plus largement, d’institutions démocratiques capables de recevoir une légitimité populaire. Mais une élection n’est pas crédible simplement parce qu’une date est inscrite sur un calendrier ou parce que des bureaux de vote ouvrent leurs portes le matin du scrutin. Une élection commence beaucoup plus tôt. Elle commence lorsque les citoyens peuvent s’inscrire librement, lorsque les candidats peuvent se déplacer et présenter leurs programmes, lorsque les partis peuvent organiser des réunions sans craindre les attaques, lorsque les médias peuvent couvrir la campagne, lorsque le matériel électoral peut être transporté et protégé, lorsque les observateurs peuvent circuler et lorsque les citoyens déplacés par la violence peuvent réellement exercer leur droit politique. Si une partie importante du territoire demeure inaccessible, si des populations entières vivent sous la menace permanente des groupes armés et si des citoyens ne peuvent même pas garantir leur propre sécurité lorsqu’ils quittent leur domicile, alors la question de la participation électorale devient nécessairement une question de sécurité nationale. Le problème de Kenscoff est d’autant plus difficile à écarter qu’il ne s’agit pas d’un territoire découvert hier par la violence. Les Nations unies avaient déjà documenté en 2025 une série d’attaques particulièrement graves dans la commune, faisant état de centaines de victimes, de maisons pillées ou incendiées et de déplacements forcés. Un rapport du Conseil de sécurité indiquait qu’entre la fin janvier et la fin mars 2025, les attaques dans la zone de Kenscoff avaient fait au moins 262 morts et 66 blessés, tandis que plus de 190 maisons avaient été pillées ou incendiées et que des milliers de personnes avaient été déplacées. Le rapport soulignait également les difficultés rencontrées par les forces de sécurité pour consolider les zones reprises aux groupes armés. Autrement dit, l’attaque d’août 2026 n’est pas un événement isolé apparaissant dans un environnement autrement stabilisé. Elle intervient dans une zone qui, depuis longtemps, constitue l’un des théâtres de la crise sécuritaire autour de la capitale. Cette réalité devrait donc nous conduire à poser une question beaucoup plus exigeante que celle de savoir si les autorités ont annoncé une nouvelle date. Qu’est-ce qui a changé sur le terrain entre le moment où les autorités reconnaissaient que la sécurité était un préalable et le moment où elles considèrent désormais possible de poursuivre le processus vers une échéance nationale ? Nous ne demandons pas au CEP de garantir lui-même la sécurité de tout le territoire. Ce serait une exigence qui dépasserait son mandat. Nous demandons au CEP et aux autres responsables du processus de démontrer comment la condition qu’ils ont eux-mêmes reconnue sera évaluée. Si le climat sécuritaire doit être « acceptable », quels sont les critères qui permettront de déterminer qu’il l’est devenu ? Qui effectuera cette évaluation ? À quelle date ? Sur la base de quelles données ? Et que se passera-t-il si certaines régions remplissent ces conditions tandis que d’autres ne les remplissent pas ? Le CEP savait que la sécurité était un problème avant Kenscoff Il est important de le rappeler : le CEP n’a pas découvert la question de la sécurité avec l’attaque du 24 août. Le 28 mai 2026, le Conseil électoral avait tenu une séance de travail avec les membres de sa Cellule de sécurité électorale afin de préparer un dispositif adapté au contexte du pays. Le CEP indiquait alors que les discussions portaient sur la nécessité d’établir un climat sécuritaire stable et propice aux élections. Il précisait également que le dispositif devait couvrir l’ensemble de la chaîne électorale, notamment le transport des matériels sensibles et non sensibles, la protection du personnel électoral et la sécurité des électeurs et des candidats pendant la campagne et le jour du scrutin. Cette information est essentielle parce qu’elle nous permet de comprendre que la sécurité n’est pas une préoccupation apparue après coup. Elle faisait partie des préparatifs officiels plusieurs mois avant que le CEP ne publie son calendrier actuel. Mais la question qui se pose aujourd’hui est celle de l’exécution. Le dispositif imaginé en mai est-il aujourd’hui opérationnel ? Combien d’agents de sécurité électorale ont-ils été formés ? Combien sont effectivement disponibles ? Dans quelles zones seront-ils déployés ? Quel sera leur rapport avec la Police nationale d’Haïti et les autres forces engagées dans la sécurisation du territoire ? Comment seront protégés les convois de matériel électoral ? Comment les candidats pourront-ils circuler dans les zones où les groupes armés exercent une influence ou un contrôle ? Comment les citoyens déplacés seront-ils intégrés au processus ? Ce sont des questions qui ne peuvent pas être traitées par des slogans. Elles nécessitent des chiffres, des cartes, des plans opérationnels et des mécanismes de vérification. Le CEP a d’ailleurs poursuivi ses préparatifs en juillet en lançant des sessions de formation destinées aux futurs Agents de sécurité électorale dans plusieurs régions du pays. Les formations ont été organisées notamment à Jacmel, Miragoâne, Cayes, Jérémie, Cap-Haïtien, Gonaïves, Hinche, Fort-Liberté et Port-de-Paix. Cette démarche montre qu’une structure existe et que des préparatifs sont engagés. Mais elle soulève également une question légitime : la formation d’agents suffit-elle à garantir la sécurité électorale lorsque l’environnement sécuritaire général demeure aussi instable ? La différence entre préparer une opération et démontrer qu’elle peut être exécutée dans les conditions réelles du pays est précisément la différence que CITADEX doit examiner. L’Ouest : le premier avertissement officiel Le traitement réservé au département de l’Ouest fournit déjà un exemple concret de cette difficulté. Le 17 juillet, le CEP annonçait officiellement le lancement des opérations d’inscription des électeurs dans les chefs-lieux de neuf départements, mais excluait le département de l’Ouest. L’institution expliquait clairement cette décision par les « contraintes particulières » qui prévalaient alors dans ce département et indiquait vouloir poursuivre l’évaluation de la situation avant d’étendre progressivement les opérations dans des conditions acceptables de sécurité, d’accessibilité et d’efficacité. Cette décision était raisonnable à examiner à partir des propres critères du CEP. Elle démontre surtout quelque chose d’important : lorsque les conditions de sécurité et d’accessibilité ne sont pas jugées suffisantes, le CEP reconnaît lui-même qu’une opération électorale ne peut pas simplement être imposée par le calendrier. Or, l’Ouest n’est pas une région périphérique. C’est le centre politique, administratif et démographique du pays. C’est là que se trouvent Port-au-Prince et une grande partie de l’activité institutionnelle nationale. Si l’inscription des électeurs devait être retardée dans ce département en juillet pour des raisons de sécurité et d’accessibilité, le peuple a le droit de savoir précisément ce qui a changé depuis. Le 13 août, le CEP annonçait l’ouverture de 32 nouveaux Centres d’inscription et de vote dans le département de l’Ouest. C’est une évolution importante, mais elle ne répond pas automatiquement à toutes les questions. L’ouverture administrative d’un centre ne signifie pas nécessairement que tous les citoyens de la zone peuvent y accéder librement, en toute sécurité et sans subir de pression. Elle ne signifie pas non plus que la circulation du personnel, des candidats, des observateurs et du matériel sera garantie jusqu’au jour du scrutin. C’est ici que les données opérationnelles doivent remplacer les déclarations générales. Combien de centres sont réellement fonctionnels ? Combien de citoyens peuvent effectivement les atteindre ? Combien de communes restent difficiles ou impossibles d’accès ? Quelles mesures spécifiques sont prévues dans les zones à haut risque ? Une élection ne se résume pas au jour du scrutin Il faut absolument sortir de l’idée selon laquelle une élection consiste simplement à ouvrir des bureaux, distribuer des bulletins et compter les voix. Une élection crédible est une chaîne dont chaque maillon doit fonctionner. Une faiblesse importante à l’un des maillons peut affecter la crédibilité de l’ensemble du processus. Le citoyen doit pouvoir s’inscrire, comprendre les règles, accéder aux candidats et à leurs programmes, participer à la campagne, se déplacer vers son bureau de vote, voter sans intimidation, savoir que son vote est correctement enregistré et disposer d’un mécanisme crédible pour contester une irrégularité éventuelle. Cette question devient particulièrement importante dans un pays marqué par les déplacements forcés. Lorsqu’une famille quitte son quartier parce que des hommes armés ont pris le contrôle de la zone, où cette famille est-elle censée voter ? Si son domicile n’est plus accessible, son centre d’inscription est-il toujours pertinent ? Si une personne a été déplacée d’une commune à une autre, comment son droit de vote est-il protégé ? Si des milliers de personnes vivent dans des zones différentes de celles où elles étaient inscrites, le système possède-t-il une procédure suffisamment souple pour éviter que l’insécurité ne transforme de facto des citoyens en électeurs privés de leur droit politique ? Ces questions ne sont pas accessoires. Elles touchent directement au caractère inclusif d’une élection. Le CEP affirme vouloir conduire un processus inclusif et impartial. Mais l’inclusion ne peut pas être mesurée uniquement par le nombre de partis autorisés ou par le nombre de bureaux officiellement ouverts. Une élection est inclusive lorsque les citoyens, y compris ceux que la violence a déplacés ou marginalisés, disposent réellement d’une possibilité raisonnable de participer. Le calendrier a changé. Le peuple a le droit de savoir pourquoi. Le changement de calendrier mérite également une attention particulière parce qu’il intervient dans un contexte où les conditions sécuritaires étaient déjà identifiées comme un préalable. Le calendrier antérieur prévoyait le premier tour le 30 août 2026. Le calendrier actuel fixe cette échéance au 13 décembre. Entre ces deux dates, plusieurs mois ont été ajoutés au processus. Cela peut donner davantage de temps aux autorités pour préparer les opérations, renforcer la sécurité, inscrire les citoyens et organiser les structures électorales. Mais cela soulève aussi une question essentielle : les mois supplémentaires ont-ils effectivement amélioré les conditions nécessaires au scrutin ? Il serait irresponsable de prétendre connaître la réponse sans données complètes. Mais il serait tout aussi irresponsable de ne pas poser la question. Le peuple haïtien doit pouvoir comparer la situation qui avait conduit à l’établissement du premier calendrier avec la situation qui existe aujourd’hui. Si la sécurité était un préalable hier, elle doit rester un préalable aujourd’hui. Si l’insuffisance de sécurité constituait une difficulté hier, les autorités doivent expliquer quelles améliorations concrètes ont été réalisées depuis. Et si, malgré les préparatifs, des zones continuent de subir des attaques majeures, il est parfaitement légitime de demander si les conditions prévues par le CEP sont effectivement réunies. Le CEP avance rapidement dans la préparation politique Pendant que ces questions sécuritaires demeurent ouvertes, le processus politique, lui, avance. Le 14 août, le CEP a annoncé la fin de l’enregistrement des regroupements politiques et la publication de la liste définitive des structures politiques agréées. Selon le CEP, le processus a abouti à 105 structures politiques, dont 88 partis et 17 groupements. Le Conseil électoral précise également que ces 17 groupements réunissent au total 228 partis politiques. Le 19 août, le CEP a procédé au tirage au sort des numéros de campagne pour ces 105 structures et a annoncé que la période d’inscription des candidats débutait le 20 août. Le 20 août, l’institution organisait déjà une séance d’échanges avec des représentants des partis et groupements politiques autour de la plateforme d’inscription des candidats. Au cours de cette rencontre, les représentants politiques ont notamment soulevé des préoccupations concernant le décret électoral, le financement des partis, l’exigence de soumettre une liste de 30 000 membres et la situation sécuritaire du pays. Il existe donc une réalité paradoxale que le peuple doit comprendre. Le processus électoral avance institutionnellement alors que la situation sécuritaire continue de produire des événements qui remettent en question les conditions mêmes auxquelles le CEP a subordonné son calendrier. Ce paradoxe ne signifie pas nécessairement que le processus doit être abandonné. Mais il signifie qu'il doit être soumis à un niveau beaucoup plus élevé de transparence. Qui décide que le climat est « acceptable » ? Voilà peut-être la question la plus importante de toute cette discussion. Le CEP emploie une expression qui paraît simple : « climat sécuritaire acceptable ». Mais cette expression possède une importance considérable parce qu’elle constitue une condition déclarée de la réalisation du calendrier. Il faut donc savoir ce qu’elle signifie concrètement. Existe-t-il une grille d’évaluation ? Existe-t-il un seuil minimum d’accessibilité territoriale ? Existe-t-il une carte publique des zones considérées comme sécurisées, à risque ou inaccessibles ? Existe-t-il un mécanisme permettant de vérifier que les candidats peuvent effectivement faire campagne dans les différentes circonscriptions ? Existe-t-il une procédure pour les citoyens déplacés ? Existe-t-il un protocole public pour suspendre ou déplacer une opération électorale lorsque les conditions deviennent dangereuses ? Et surtout, qui possède le pouvoir de dire que le seuil de sécurité est atteint ? Ce sont des questions qui méritent des réponses avant le scrutin, et non après. Une fois les bulletins comptés, il sera trop tard pour découvrir que certaines populations n’avaient pas pu participer normalement. La transparence doit donc être préventive. Elle doit permettre aux citoyens, aux partis, aux observateurs et aux journalistes de comprendre les risques avant que les résultats ne soient proclamés. La responsabilité n’appartient pas seulement au CEP Il faut également comprendre que la responsabilité de cette situation ne repose pas uniquement sur le Conseil électoral. Le CEP ne contrôle ni les forces de sécurité ni l’ensemble de l’appareil d’État. Le propre calendrier de l’institution reconnaît que l’organisation des élections constitue une responsabilité partagée entre le gouvernement, les différents acteurs et les partenaires nationaux et internationaux. Cette responsabilité partagée doit être prise au sérieux. Le gouvernement doit expliquer quelles mesures sont prises pour sécuriser le territoire. Les forces de sécurité doivent pouvoir démontrer leurs capacités opérationnelles. Les partenaires internationaux doivent expliquer quelle assistance concrète est disponible et dans quelles conditions. Les partis politiques doivent pouvoir faire campagne sans intimidation et accepter les règles communes. Le CEP, pour sa part, doit démontrer que ses opérations peuvent être conduites dans un environnement où les citoyens ont réellement la capacité d’exercer leur droit. Mais cette responsabilité partagée ne doit surtout pas devenir une manière de diluer la responsabilité. Au contraire, plus le processus dépend de plusieurs acteurs, plus le peuple doit pouvoir savoir précisément qui est responsable de quoi, quels engagements ont été pris, quelles ressources sont disponibles, quelles mesures ont été exécutées et quels obstacles demeurent. La confiance ne se décrète pas C’est ici que CITADEX doit prendre une position différente de celle des institutions politiques. Nous ne demanderons pas au peuple haïtien de faire confiance au CEP parce que le CEP affirme être indépendant. Nous ne lui demanderons pas non plus de faire confiance au gouvernement parce que le gouvernement affirme vouloir organiser des élections. Nous ne lui demanderons pas davantage de faire confiance aux partis politiques parce qu’ils affirment représenter le changement. Et nous ne demanderons même pas au peuple de faire confiance à CITADEX. Nous lui demanderons de regarder les preuves. Lorsqu’une institution affirme qu’une condition est remplie, nous chercherons les éléments permettant de vérifier cette affirmation. Lorsqu’une date est annoncée, nous examinerons les conditions nécessaires à sa réalisation. Lorsqu’une décision est modifiée, nous chercherons à comprendre pourquoi. Lorsqu’une contradiction apparaît entre deux documents officiels, nous la signalerons. Lorsqu’une institution reconnaît elle-même une difficulté, nous conserverons cette déclaration dans le dossier afin de pouvoir vérifier plus tard si la difficulté a réellement été résolue. Et lorsqu’aucune information suffisante ne permet de tirer une conclusion, nous aurons l’obligation journalistique de dire simplement : nous ne savons pas encore. Cette méthode est particulièrement importante dans le contexte haïtien parce que la population a trop souvent été placée devant des affirmations contradictoires provenant d’institutions, de gouvernements, de partis politiques et d’acteurs internationaux. Une démocratie saine ne demande pas aux citoyens de croire aveuglément. Elle leur donne les moyens de vérifier. Le rôle d’un média citoyen indépendant n’est donc pas de remplacer une propagande institutionnelle par une propagande opposée. Son rôle est de construire un espace où les affirmations peuvent être confrontées aux faits. Le peuple haïtien ne doit pas être placé devant un faux choix Il faut également éviter une autre erreur : présenter la question comme un choix entre les élections ou le chaos. Ce serait une fausse dichotomie. Le peuple haïtien a besoin d’élections, mais il a besoin d’élections qui produisent une légitimité suffisamment solide pour permettre au pays de sortir de la crise institutionnelle. Une élection organisée dans des conditions profondément inégales peut certes produire des résultats officiels, mais elle risque aussi de produire une nouvelle crise de confiance si une partie importante de la population estime qu’elle n’a pas pu participer librement. Le véritable débat n’est donc pas : « Sommes-nous pour ou contre les élections ? » Le véritable débat est : « Quelles conditions minimales doivent être réunies pour qu’une élection puisse réellement être considérée comme libre, inclusive, sûre et crédible ? » Cette question devrait être au centre de la conversation nationale. Elle devrait être discutée par les partis politiques, les organisations de la société civile, les journalistes, les universitaires, les observateurs électoraux et surtout par les citoyens eux-mêmes. Une démocratie ne se mesure pas uniquement au fait que les électeurs déposent un bulletin dans une urne. Elle se mesure aussi à la capacité de chaque citoyen de participer au processus sans intimidation, sans exclusion territoriale et sans peur. Le droit de vote n’a de sens que si le citoyen peut effectivement l’exercer. Kenscoff ne doit pas devenir une note de bas de page Dans quelques mois, les affiches électorales pourraient remplir les rues. Les candidats parleront de changement. Les partis présenteront leurs programmes. Les autorités annonceront les préparatifs. Les partenaires internationaux parleront de démocratie et de transition. Mais le peuple de Kenscoff aura le droit de poser une question beaucoup plus simple : qui nous garantit que notre vie compte autant que le calendrier électoral ? Cette question ne doit pas être traitée comme une provocation. Elle est au cœur même de la démocratie. Une démocratie ne peut pas demander à une population terrorisée de participer à une compétition politique tout en refusant de répondre à la question de sa sécurité. Si un citoyen doit choisir entre rester chez lui pour protéger sa famille et se rendre dans un centre d’inscription ou de vote, son droit politique existe juridiquement, mais il devient beaucoup plus difficile à exercer dans la réalité. La tragédie de Kenscoff doit donc être considérée comme un avertissement national. Elle doit pousser les autorités à produire davantage d’informations, et non moins. Elle doit pousser le CEP à expliquer ses critères, et non simplement à répéter ses engagements. Elle doit pousser le gouvernement à présenter ses capacités sécuritaires, et non seulement ses promesses. Elle doit pousser les partis politiques à défendre le droit de leurs électeurs à participer, et non seulement leurs propres intérêts électoraux. Et elle doit pousser les médias à poser les questions que les institutions préféreraient peut-être éviter. CITADEX ne demande pas aux Haïtiens de faire confiance. Nous demandons des preuves. Voilà le principe qui doit guider notre travail à partir d’aujourd’hui. CITADEX ne sera ni le porte-parole du CEP, ni celui du gouvernement, ni celui de l’opposition, ni celui d’un parti politique, ni celui d’un candidat. Nous ne chercherons pas à empêcher les élections, pas plus que nous ne chercherons à les légitimer artificiellement. Nous chercherons simplement à mettre les faits devant le peuple. Si les documents démontrent que les conditions sont réunies, nous le dirons. Si les documents démontrent qu’elles ne le sont pas, nous le dirons également. Si les preuves sont contradictoires, nous montrerons les contradictions. Et si les institutions refusent de répondre aux questions légitimes du citoyen, nous le signalerons. Notre loyauté ne doit donc aller ni au pouvoir, ni à l’opposition, ni au CEP, ni à aucun candidat. Notre loyauté doit aller aux faits et au peuple haïtien. C’est cette indépendance qui permettra à CITADEX de faire quelque chose que trop peu d’acteurs font aujourd’hui : créer une mémoire documentaire du processus électoral. Les annonces du CEP ne doivent pas simplement disparaître dans le flot quotidien des nouvelles. Elles doivent être conservées, comparées et confrontées à ce qui se passe réellement sur le terrain. Une promesse faite en mai doit pouvoir être comparée à la situation en août. Une condition annoncée en juillet doit pouvoir être vérifiée en décembre. Une date modifiée doit pouvoir être expliquée. Une décision contestée doit pouvoir être documentée. Avant de demander au peuple de voter, démontrez-lui qu’il peut voter Le 13 décembre 2026 ne doit donc pas être considéré comme une vérité simplement parce qu’il figure sur un calendrier officiel. C’est une échéance annoncée par le CEP dans un contexte où l’institution elle-même reconnaît que sa réalisation dépend de conditions sécuritaires et financières. L’attaque de Kenscoff du 23 au 24 août, qui a fait au moins 47 morts et 22 blessés selon les informations rapportées par les Nations unies et Reuters, démontre brutalement que la question sécuritaire ne peut pas être reléguée au second plan. Elle ne prouve pas, à elle seule, qu’une élection nationale est impossible. Mais elle rend absolument légitime l’exigence d’une démonstration publique des conditions de sécurité. C’est là toute la différence entre le scepticisme partisan et le journalisme citoyen. Le sceptique dit : « Je ne crois pas. » Le partisan dit : « Croyez-moi. » Le journalisme sérieux dit : « Voici les faits. Voici les documents. Voici ce que nous savons. Voici ce que nous ne savons pas. Voici les contradictions. Maintenant, à vous de juger. » C’est exactement ce que CITADEX doit faire. Le peuple haïtien a le droit de voter. Il a le droit de choisir ses dirigeants. Il a le droit d’exiger des institutions légitimes et responsables. Mais avant de lui demander de se rendre aux urnes, ceux qui organisent, administrent et garantissent le processus ont le devoir de démontrer que le peuple peut réellement participer, librement, équitablement et en sécurité. Le calendrier doit servir le peuple. Le peuple ne doit jamais être sacrifié au calendrier. Et après Kenscoff, cette question ne peut plus être reportée. À VOUS DE JUGER CITADEX ne vous demande pas de croire le CEP. Nous ne vous demandons pas non plus de croire le gouvernement, les partis politiques, les candidats ou même CITADEX. Nous vous demandons de regarder les faits, de poser les questions et de vous faire votre propre opinion. La situation de Kenscoff, l’évolution du calendrier électoral et les conditions de sécurité qui entourent le processus soulèvent des questions auxquelles le peuple haïtien mérite des réponses claires et vérifiables. Et vous, qu’en pensez-vous ? Selon vous, les conditions actuelles permettent-elles réellement d’organiser des élections libres, sûres, inclusives et crédibles ? Le calendrier électoral devrait-il être maintenu tel qu’il est annoncé, ou les autorités doivent-elles d’abord démontrer que les conditions nécessaires sont réunies ? Quelles garanties attendez-vous avant de pouvoir faire confiance au processus ? Laissez votre commentaire sous cet article et participez au débat. Votre expérience dans votre commune, votre département ou votre communauté peut contribuer à une meilleure compréhension de la réalité du terrain. CITADEX continuera de documenter les faits, de comparer les déclarations aux réalités observables et de donner aux citoyens les informations nécessaires pour se faire leur propre jugement. Le pouvoir de décider appartient au peuple. Le droit de questionner aussi.

  • Le retour de Michel Martelly en Haïti : un ancien président, un héritage controversé et une nation en quête de réponses

    Par The Haitian Pulse | Analyse Quand le retour d'un ancien président rouvre une conversation nationale Il est des moments dans l'histoire d'une nation où le retour d'un seul individu en vient à symboliser quelque chose de bien plus grand que l'individu lui-même. De tels moments ne se mesurent ni à la foule rassemblée dans un aéroport, ni aux manchettes qui dominent l'actualité du jour. Ils se mesurent aux conversations qu'ils suscitent, aux souvenirs qu'ils ravivent et aux questions qu'ils obligent une nation tout entière à affronter. Le récent retour de Michel Martelly en Haïti est l'un de ces moments. Des années après avoir quitté le Palais National, l'ancien président d'Haïti est de nouveau au centre de l'attention nationale. Les images de son arrivée se sont rapidement propagées sur les réseaux sociaux, suscitant de vives réactions tant en Haïti qu'au sein de la diaspora. Ses partisans l'ont accueilli avec enthousiasme, tandis que ses détracteurs ont immédiatement ravivé les controverses qui entourent depuis longtemps sa présidence. En l'espace de quelques heures, ce qui avait commencé comme le retour d'un ancien chef d'État est devenu quelque chose de beaucoup plus vaste : une nouvelle conversation nationale sur le leadership, la responsabilité, les institutions démocratiques et l'avenir d'Haïti. Au moment de la publication de cet article, Michel Martelly n'a annoncé aucune intention de briguer une fonction élective. Son retour coïncide avec la poursuite des procédures judiciaires liées à l'assassinat du président Jovenel Moïse, et les informations rendues publiques indiquent qu'il est revenu afin de répondre aux questions des autorités judiciaires haïtiennes. Il n'a été inculpé dans le cadre de cette enquête et aucun tribunal ne l'a reconnu pénalement responsable. Ces distinctions sont importantes. Dans des contextes politiquement polarisés, les spéculations se propagent souvent plus rapidement que les informations vérifiées, ce qui fait de la distinction rigoureuse entre les faits et les allégations une responsabilité essentielle tant pour les journalistes que pour les citoyens. Pourtant, les faits à eux seuls ne suffisent pas à expliquer pourquoi son retour a suscité une attention aussi exceptionnelle. La réaction révèle quelque chose de plus profond que le simple retour d'un ancien président. Elle reflète un pays qui a traversé des années d'incertitude politique, de fragilité institutionnelle, de difficultés économiques et d'insécurité persistante. Dans un tel contexte, le retour de tout ancien dirigeant national devient inévitablement bien plus qu'un événement personnel. Il offre aux Haïtiens l'occasion de réfléchir non seulement à une présidence, mais également au parcours plus large du pays, aux défis auxquels il est confronté aujourd'hui et à la direction qu'il espère prendre dans les années à venir. Cette analyse ne constitue ni un soutien à Michel Martelly ni une condamnation de sa personne. Elle vise à examiner pourquoi son retour a trouvé un écho aussi profond, pourquoi sa présidence continue de susciter des opinions aussi divergentes et ce que ces réactions révèlent de la quête permanente d'Haïti pour des institutions plus solides, un leadership plus stable et un avenir plus prometteur. De « Sweet Micky » au Palais National : un parcours atypique vers le pouvoir Bien avant son entrée en politique, Michel Martelly s'était déjà imposé comme l'une des personnalités publiques les plus connues d'Haïti. Sous le nom de scène « Sweet Micky », il a construit une carrière musicale qui dépassait largement le simple monde du divertissement. Ses prestations, son charisme et son style peu conventionnel ont fait de lui une icône culturelle dont la popularité transcendait les classes sociales et les générations. Pour de nombreux Haïtiens, Martelly était déjà un nom familier bien avant de devenir candidat à la présidence. Contrairement à de nombreux hommes politiques qui passent des décennies à gravir les échelons des partis, Martelly est entré dans la vie publique avec un niveau de notoriété nationale que peu de candidats possèdent. Son élection en 2011 a surpris de nombreux observateurs, tant en Haïti qu'à l'étranger, mais elle reflétait également le désir croissant d'une partie importante de la population de voir émerger un leadership différent de celui incarné par la classe politique traditionnelle haïtienne. Sa présidence a débuté durant l'une des périodes les plus difficiles de l'histoire contemporaine d'Haïti. Le séisme dévastateur de janvier 2010 avait coûté la vie à des centaines de milliers de personnes, déplacé d'innombrables familles, détruit des infrastructures essentielles et submergé des institutions qui étaient déjà fragilisées avant même la catastrophe. La communauté internationale a répondu par une mobilisation sans précédent d'aide humanitaire et de financements destinés à la reconstruction, faisant naître l'espoir qu'Haïti pourrait se reconstruire plus forte qu'auparavant. Cependant, les efforts de reconstruction ont rapidement mis en lumière l'un des défis structurels les plus profonds d'Haïti : la faiblesse de ses institutions publiques. Des années de fragilité institutionnelle, des capacités limitées de l'État, un contrôle insuffisant et un manque de coordination ont créé un contexte dans lequel une part importante des ressources consacrées à l'aide et à la reconstruction n'a pas produit les résultats durables qu'espéraient de nombreux Haïtiens. De nombreux projets ont été retardés, abandonnés ou ont fait l'objet de critiques concernant la transparence, la reddition de comptes et leur efficacité. Pour beaucoup de Haïtiens, la tragédie a ainsi été aggravée par la déception. Le pays avait reçu des milliards de dollars d'aide internationale, mais une grande partie de ces investissements ne s'est pas traduite par le niveau de reconstruction nationale, de renforcement institutionnel ou de transformation économique que les citoyens espéraient. Martelly a hérité d'un pays où reconstruire les infrastructures physiques ne représentait qu'une partie du défi ; restaurer la confiance du public envers les institutions chargées de gérer cette reconstruction s'est révélé tout aussi difficile. Il est donc arrivé au pouvoir dans des circonstances extraordinaires. Les attentes étaient immenses, les ressources existaient mais demeuraient souvent difficiles à coordonner efficacement, et presque chacune de ses décisions était prise sous le regard attentif de l'opinion publique nationale et de la communauté internationale. Ces conditions sans précédent allaient façonner non seulement sa présidence, mais également les débats qui continuent aujourd'hui d'entourer son héritage politique. Une présidence perçue sous différents angles Peu de présidents haïtiens de l'histoire récente ont suscité des opinions aussi profondément divisées que Michel Martelly. Plus d'une décennie après avoir quitté le pouvoir, les discussions concernant sa présidence continuent de révéler non seulement des évaluations contrastées de son leadership, mais également les profondes divisions politiques, sociales et économiques qui ont façonné Haïti elle-même. Son héritage demeure au cœur d'un débat permanent, car les Haïtiens ont vécu cette même période de manière profondément différente. Pour bon nombre de ses partisans, Martelly représentait une rupture avec la classe politique traditionnelle d'Haïti. Ils mettent en avant les initiatives visant à améliorer les infrastructures, à élargir l'accès à l'éducation, à encourager le tourisme et à présenter Haïti sous un jour plus favorable sur la scène internationale. Ils gardent également le souvenir d'un président dont le style de communication différait de celui de plusieurs de ses prédécesseurs : un dirigeant perçu comme accessible, dynamique et à l'aise dans ses échanges directs avec les citoyens ordinaires. Pour ceux qui le voyaient favorablement, sa présidence symbolisait un effort de modernisation tant de l'image d'Haïti que de ses relations avec la communauté internationale. Ses détracteurs, en revanche, retiennent un chapitre bien différent. Ils soulignent des préoccupations liées à la gouvernance, à l'indépendance des institutions, à la transparence, à la reddition de comptes ainsi qu'au climat politique qui s'est développé pendant et après son administration. Les débats publics entourant le programme PetroCaribe continuent d'influencer la perception de sa présidence, tandis que les sanctions internationales annoncées plusieurs années après son départ du pouvoir ont alimenté davantage la controverse. Les critiques soutiennent également que les fondements de la crise sécuritaire actuelle en Haïti ont été posés durant sa présidence, évoquant ce qu'ils décrivent comme l'influence grandissante et l'expansion des groupes armés dans certains quartiers de la capitale au cours de cette période. D'autres sont allés encore plus loin, affirmant que des personnes associées à son mouvement politique entretenaient des relations avec des figures influentes des gangs, des accusations que Michel Martelly a toujours rejetées. Son nom est également apparu dans les débats publics entourant l'assassinat du président Jovenel Moïse. Certains critiques se sont interrogés sur la nécessité de soumettre d'anciens dirigeants politiques, dont Michel Martelly, à un examen plus approfondi dans le cadre de l'enquête. Toutefois, à la date de publication de cet article, Michel Martelly n'a été inculpé dans le cadre de cette affaire, il a constamment nié toute implication et aucun tribunal ne l'a reconnu pénalement responsable. Ses partisans soutiennent qu'il ne faut pas confondre les allégations avec les preuves, tandis que ses critiques estiment que d'importantes questions concernant sa présidence et ses conséquences demeurent sans réponse. Ces deux points de vue méritent d'être pris en considération, car aucun d'eux ne suffit, à lui seul, à refléter toute la complexité de l'histoire politique récente d'Haïti. Les sociétés démocratiques se souviennent rarement des dirigeants influents à travers un seul récit. Les réalisations et les controverses coexistent souvent, et l'évaluation historique continue d'évoluer à mesure que de nouvelles informations apparaissent et que les circonstances politiques changent. Haïti ne fait pas exception. La leçon la plus importante est peut-être que l'héritage de Michel Martelly ne peut être compris uniquement à travers des slogans ou des appartenances politiques. Il exige d'examiner à la fois les réalisations reconnues par ses partisans et les préoccupations soulevées par ses détracteurs, tout en reconnaissant que l'histoire offre rarement des conclusions simples. Le débat qui se poursuit autour de sa présidence reflète non seulement des opinions divergentes sur un dirigeant, mais aussi des visions différentes de l'avenir d'Haïti. La perception du public, le respect de la procédure judiciaire et pourquoi son retour est important L'une des réalités permanentes de la vie publique est que les procédures judiciaires et l'opinion publique évoluent rarement au même rythme. Les personnalités politiques sont souvent jugées simultanément dans les salles d'audience, sur les réseaux sociaux, dans les émissions de radio, lors des débats télévisés et autour des tables familiales. Ces discussions peuvent façonner la perception du public bien avant que les procédures judiciaires n'aient abouti à leurs conclusions. Le respect de la procédure régulière (due process) ne constitue ni un acte de soutien politique ni une tentative de minimiser les préoccupations légitimes de la population. Il traduit plutôt le principe selon lequel les institutions démocratiques se renforcent lorsque les allégations sont examinées dans le cadre des procédures juridiques établies, plutôt que sur la base de suppositions ou du seul sentiment populaire. Toute société attachée à la justice doit trouver un équilibre entre la responsabilité des dirigeants devant le public et la présomption d'innocence jusqu'à ce que les procédures judiciaires aient suivi leur cours. L'aspect remarquable du retour de Michel Martelly ne réside pas simplement dans le fait qu'il soit revenu. Partout dans le monde, d'anciens chefs d'État retournent chaque année dans leur pays. Ce qui rend ce moment particulier, c'est l'intensité de la conversation nationale qu'il a suscitée. À travers Haïti et au sein de toute la diaspora, son arrivée est devenue un sujet de discussion majeur dans les stations de radio, les émissions de télévision, les plateformes numériques, les églises, les lieux de travail, les restaurants et les rassemblements communautaires. Une telle attention ne doit pas être automatiquement interprétée comme une manifestation de soutien ou d'opposition politique. La curiosité, le scepticisme, la nostalgie, la critique, l'espoir et même l'incertitude peuvent tous susciter un intérêt public considérable. Plus que tout autre chose, cette réaction démontre que Michel Martelly continue d'occuper une place importante dans l'histoire politique contemporaine d'Haïti. Qu'il soit perçu favorablement ou de manière critique, son retour est devenu un catalyseur de discussions plus larges sur la gouvernance, la responsabilité, le leadership et l'avenir démocratique du pays — des conversations qui dépassent largement la personne de Michel Martelly et qui témoignent des défis auxquels Haïti continue d'être confrontée en tant que nation. Au-delà d'un ancien président : la quête permanente d'Haïti pour un leadership national Peut-être que l'histoire la plus importante entourant le retour de Michel Martelly ne concerne pas Michel Martelly lui-même. Elle concerne la quête permanente d'Haïti d'un leadership capable de restaurer la confiance envers les institutions publiques et d'offrir à la nation une direction claire. Son retour n'a fait que raviver une conversation qui existe depuis des années : une conversation sur la personne qui guidera Haïti à travers l'une des périodes les plus difficiles de son histoire moderne. Depuis la fin de la présidence de Michel Martelly, Haïti a connu des transitions politiques répétées, une incertitude institutionnelle persistante, une insécurité croissante, un déclin économique et de longs retards dans le rétablissement d'une gouvernance constitutionnelle. Les différentes administrations de transition ont promis la stabilité et des réformes, mais de nombreux Haïtiens continuent de faire face à des difficultés quotidiennes qui dépassent largement les enjeux politiques. Pour les citoyens ordinaires, les questions liées à la sécurité, à l'emploi, à l'éducation, aux soins de santé et aux opportunités économiques sont souvent bien plus urgentes que les rivalités politiques. C'est dans ce contexte plus large que le retour de Michel Martelly a suscité une telle attention. Qu'il soit perçu positivement ou négativement, il demeure une figure connue à une époque où beaucoup d'Haïtiens estiment que le pays manque d'un leadership national capable de rassembler des intérêts politiques et sociaux divers. Son retour est ainsi devenu le reflet de quelque chose de plus grand qu'un seul individu. Il a mis en lumière les incertitudes qui entourent l'avenir politique d'Haïti ainsi que l'absence d'un large consensus national sur la voie à suivre. Cette réalité soulève naturellement une question importante. Où se trouve la prochaine génération de dirigeants haïtiens ? Le pays ne manque pas de talent. Haïti continue de former des entrepreneurs accomplis, des universitaires respectés, des professionnels de la santé, des ingénieurs, des éducateurs, des artistes, des chefs religieux, des organisateurs communautaires ainsi que des membres de la diaspora qui se distinguent à travers le monde. Leurs réalisations démontrent que le talent haïtien n'a jamais été le principal défi de la nation. Le véritable défi a toujours été de transformer l'excellence individuelle en institutions publiques solides et durables, capables d'inspirer la confiance au-delà des divisions politiques, économiques et régionales. L'histoire nous rappelle que les vides politiques demeurent rarement inoccupés. Lorsque de nouveaux dirigeants ne parviennent pas à émerger avec un large soutien national, les figures déjà connues continuent souvent de dominer le débat public — non pas nécessairement parce que les citoyens souhaitent revenir au passé, mais parce qu'ils continuent de chercher un chemin vers l'avenir. C'est dans cette réflexion qu'une autre perspective a émergé, une perspective qui mérite d'être prise en considération aux côtés des nombreuses opinions divergentes concernant l'héritage de Michel Martelly. Certains de ses partisans soutiennent que l'homme revenu aujourd'hui en Haïti n'est plus le même dirigeant que celui qui est entré pour la première fois au Palais National en 2011. Ils estiment que le fait d'avoir gouverné un pays en pleine reconstruction après l'une des plus graves catastrophes naturelles de l'histoire moderne, d'avoir traversé des années de critiques intenses, puis d'avoir passé près d'une décennie à observer la détérioration continue d'Haïti depuis l'extérieur du pouvoir, a pu profondément transformer sa vision des choses. Selon cette perspective, Michel Martelly a désormais connu toutes les étapes de la vie publique. Il a vécu l'optimisme qui a accompagné son élection, les immenses pressions liées à l'exercice du pouvoir dans des circonstances exceptionnelles, la déception exprimée par de nombreux Haïtiens qui espéraient davantage de progrès, ainsi que l'examen constant auquel il a été soumis longtemps après avoir quitté ses fonctions. Il a également vu plusieurs gouvernements successifs se heurter aux mêmes problèmes structurels que ceux auxquels son administration avait été confrontée, alors que le pays faisait face à une insécurité grandissante, à une instabilité politique persistante, à un déclin économique et à une paralysie institutionnelle de plus en plus profonde. Ses partisans soutiennent que ces expériences pourraient redéfinir les priorités de toute personne appelée à exercer de nouvelles responsabilités publiques. Ils estiment que si Michel Martelly devait un jour revenir à la tête du pays, sa plus grande ambition ne serait peut-être plus uniquement la réussite politique, mais la possibilité de laisser un héritage fondé sur le renforcement des institutions, des progrès mesurables, une réconciliation nationale et un respect durable. Selon eux, ces années de réflexion, combinées à l'observation des difficultés persistantes d'Haïti, pourraient le conduire à ne pas rechercher simplement une nouvelle présidence, mais une présidence consacrée à la rédemption par le service public, au rétablissement de son héritage historique et à la restauration de l'honneur associé au nom de sa famille. Ses détracteurs, toutefois, défendent une vision différente. Ils estiment que l'expérience, à elle seule, ne peut effacer les préoccupations légitimes liées à une administration précédente et que tout responsable public, quel que soit son parcours ou sa popularité, doit continuer à être jugé selon les mêmes principes de transparence, de responsabilité, de gouvernance constitutionnelle et de respect de l'État de droit. Ils soutiennent que la confiance du public ne peut être restaurée par les intentions seules, mais uniquement par des actions concrètes, des résultats mesurables et un engagement démontré envers les principes démocratiques. Ces deux points de vue méritent une réflexion approfondie. L'histoire offre des exemples qui viennent appuyer chacune de ces positions. À travers le monde, certains dirigeants sont revenus à la vie publique plus sages, plus disciplinés et, finalement, plus efficaces que lors de leur premier mandat. D'autres ont reproduit nombre des erreurs qui avaient marqué leurs précédentes administrations. Les démocraties ne présument d'aucune de ces deux issues. Elles confient plutôt aux citoyens la responsabilité d'évaluer leurs dirigeants en fonction de leur bilan, de leur vision, de leur conduite et de la confiance qu'ils inspirent. En définitive, l'avenir d'Haïti ne dépendra pas du retour d'un ancien président dans son pays. Il dépendra de la capacité de la nation à bâtir des institutions suffisamment solides pour survivre à chaque gouvernement, à chaque élection et à chaque mouvement politique. Les démocraties fortes ne reposent pas uniquement sur des personnalités. Elles reposent sur des constitutions respectées, une justice indépendante, des élections crédibles et des citoyens qui demeurent activement engagés dans la vie de leur nation. À cet égard, le retour de Michel Martelly est devenu une sorte de miroir. Il reflète non seulement les opinions divergentes à l'égard d'un ancien président, mais aussi les espoirs, les frustrations, les aspirations et les nombreuses questions encore sans réponse d'une nation qui continue de rechercher une stabilité politique durable. L'histoire retient les dirigeants. Les institutions façonnent les nations. Le retour de Michel Martelly a rappelé aux Haïtiens une vérité toute simple : l'histoire s'écrit rarement en termes absolus. Les dirigeants sont retenus par l'histoire à travers des récits parfois contradictoires, façonnés par leurs réalisations, les controverses qui les entourent, leurs succès, leurs déceptions et les perspectives de ceux qui ont vécu leur période au pouvoir. Au fil des générations, ces récits continuent d'évoluer. Que le retour de Michel Martelly ne soit qu'une brève visite ou le début d'un rôle plus visible dans la vie publique demeure incertain. Ce qui est certain, en revanche, c'est que son arrivée a rouvert l'une des conversations nationales les plus importantes d'Haïti : une conversation sur le leadership, la responsabilité, la gouvernance démocratique et l'avenir de la République. Cette conversation doit se poursuivre. Elle doit se poursuivre non pas à travers les rumeurs, l'hostilité politique ou les spéculations sur les réseaux sociaux, mais à travers les faits, un dialogue respectueux, un journalisme indépendant et la confiance envers les institutions chargées de rendre la justice et de protéger la démocratie. Pour Haïti, toutefois, le véritable défi n'a jamais été l'histoire d'un seul individu. Il a toujours été l'histoire de la nation elle-même. La force durable d'une démocratie ne se mesure pas uniquement aux présidents qu'elle élit. Elle se mesure à la solidité de ses institutions, à l'indépendance de son pouvoir judiciaire, à l'intégrité de son processus électoral, à la vitalité de sa société civile, à la liberté de sa presse et à la volonté de ses citoyens de demeurer informés, engagés et dévoués au bien commun. Les présidents passent. Les mouvements politiques naissent et disparaissent. L'opinion publique évolue au rythme des générations. Mais les institutions — lorsqu'elles sont solides, indépendantes, transparentes et dignes de la confiance du public — assurent la continuité sur laquelle reposent les sociétés démocratiques. C'est peut-être là la leçon la plus durable que nous laisse le retour de Michel Martelly. Son arrivée a rouvert une conversation nationale, mais les réponses aux défis de l'avenir d'Haïti ne se trouveront pas, en définitive, dans la seule personne d'un ancien président. Elles se trouveront dans la détermination collective du peuple haïtien à bâtir une nation où la justice est impartiale, où les institutions démocratiques sont respectées, où les possibilités sont élargies et où le leadership se mesure non pas aux discours ou à la personnalité, mais à l'intégrité, à la compétence et au sens du service. Cette conversation appartient à chaque Haïtien. Son issue façonnera bien davantage que l'héritage d'un seul dirigeant. Elle contribuera à écrire le prochain chapitre de l'histoire d'Haïti. À propos de Citadex Citadex est une plateforme médiatique indépendante dont la mission est d'informer, de connecter et d'inspirer les Haïtiens à travers le monde. Nous sommes convaincus que le progrès durable commence par un dialogue public fondé sur des faits, une information de qualité, le respect des opinions divergentes et un engagement sincère envers l'avenir d'Haïti. Notre objectif est d'offrir un journalisme qui va au-delà de l'actualité immédiate. Nous voulons apporter du contexte, favoriser la réflexion, encourager la participation citoyenne et donner une voix à la diversité des perspectives qui façonnent notre nation. Parce qu'un peuple bien informé est un peuple mieux préparé à construire son avenir. Participez à la conversation Le retour de Michel Martelly a rouvert l'un des débats les plus importants de ces dernières années. Selon vous, que signifie son retour pour l'avenir politique d'Haïti ? A-t-il changé votre perception de son héritage ? Ou pensez-vous que le prochain chapitre de notre histoire doit être écrit par une nouvelle génération de dirigeants ? Croyez-vous que les épreuves, les succès et les critiques peuvent transformer un leader, ou estimez-vous qu'Haïti doit désormais regarder exclusivement vers de nouveaux visages ? Il n'existe pas de réponses simples. Mais il existe une immense valeur dans un débat respectueux, éclairé et fondé sur les faits. Nous vous invitons à partager votre point de vue dans les commentaires. À Citadex, nous croyons que chaque conversation constructive renforce notre démocratie et nous rapproche un peu plus de l'Haïti que nous souhaitons tous bâtir.

  • EDE : Une Nouvelle Approche de l’Organisation Politique en Haïti

    Dans un paysage politique marqué par la fragmentation et l’absence de structures durables, le parti EDE s’impose comme un exemple qui mérite d’être observé, étudié et analysé. CITADEX Haïti | Gouvernance & Vie Politique | Juin 2026 Depuis plusieurs décennies, la politique haïtienne souffre d’un problème fondamental qui dépasse les idéologies, les personnalités et même les élections : l’absence d’organisations politiques véritablement structurées capables de représenter durablement les citoyens à travers l’ensemble du territoire national. Alors que le pays compte aujourd’hui plus de trois cents partis politiques enregistrés ou en activité, peu d’entre eux peuvent affirmer disposer d’une présence réelle dans chacun des départements du pays, encore moins dans les communes et sections communales. Cette réalité contribue largement à la faiblesse des institutions, à l’éloignement entre les citoyens et leurs représentants, ainsi qu’à l’instabilité chronique qui caractérise la vie politique nationale. C’est dans ce contexte que le parti EDE (Les Engagés pour le Développement), fondé par l’ancien Premier ministre, le Dr Claude Joseph, attire l’attention d’un nombre croissant d’observateurs à travers le pays et au sein de la diaspora. Qu’on partage ou non les positions du parti, une réalité semble difficile à ignorer : EDE a réussi à construire une organisation visible, active et structurée dans plusieurs régions du pays, à une échelle rarement observée parmi les formations politiques haïtiennes contemporaines. Cette observation n’est ni un appui politique ni une prise de position partisane. Elle constitue simplement un constat. Dans un pays où de nombreux partis apparaissent à l’approche des élections avant de disparaître pendant les périodes de crise, EDE semble avoir adopté une approche différente en investissant dans la mobilisation citoyenne, l’implantation territoriale, la formation de structures locales et la participation continue de ses membres. Haïti a-t-elle besoin d’une multiplication des partis politiques ou d’organisations politiques plus solides ? Pendant trop longtemps, le débat politique haïtien s’est concentré sur les individus plutôt que sur les structures. Les campagnes ont souvent été bâties autour de personnalités charismatiques plutôt qu’autour d’institutions capables de survivre aux changements de leadership. Le résultat est visible aujourd’hui : un système politique fragmenté, une faible représentativité locale et une méfiance grandissante de la population envers les acteurs politiques. Or, dans toute démocratie fonctionnelle, la force d’un parti ne se mesure pas uniquement à sa popularité ou à son discours. Elle se mesure également à sa capacité d’organiser les citoyens, de maintenir une présence permanente sur le terrain, de former ses membres, de développer une vision cohérente et d’assurer une représentation à tous les niveaux de la société. Sous cet angle, l’expérience d’EDE mérite d’être examinée avec sérieux. Elle démontre qu’il est encore possible, même dans un environnement politique difficile, de bâtir une structure nationale capable de mobiliser des milliers de citoyens autour d’une vision commune. Elle rappelle également qu’une organisation politique solide ne se construit pas en quelques semaines, mais à travers un travail méthodique, constant et discipliné. Au-delà du cas particulier d’EDE, c’est peut-être là la véritable leçon pour l’ensemble de la classe politique haïtienne. Le pays n’a pas seulement besoin de nouveaux candidats. Il a besoin de structures crédibles. Il a besoin d’organisations capables de maintenir un dialogue permanent avec les citoyens. Il a besoin de mécanismes permettant aux communautés locales de participer activement aux décisions qui affectent leur avenir. Et surtout, il a besoin d’une culture politique où les institutions comptent davantage que les individus. Alors qu’Haïti cherche un chemin vers la stabilité, la sécurité et la reconstruction de ses institutions démocratiques, les partis politiques de toutes tendances gagneraient à réfléchir à cette réalité fondamentale : aucune vision nationale ne peut réussir sans une organisation solide pour la porter. L’avenir du pays dépendra non seulement de la qualité de ses dirigeants, mais également de la qualité des structures qui les entourent. Dans un contexte où les exemples de discipline organisationnelle demeurent rares, l’émergence d’un parti doté d’une présence nationale visible constitue un phénomène qui mérite l’attention du public, des observateurs et de tous ceux qui souhaitent voir la démocratie haïtienne évoluer vers une plus grande maturité. Citadex Haïti est une plateforme indépendante et non partisane dédiée à la promotion de l’information, de la participation citoyenne et du développement national. Notre mission n’est pas de soutenir des partis ou des candidats, mais d’observer, d’analyser et de mettre en lumière les initiatives, les structures et les idées susceptibles de contribuer au renforcement d’Haïti. Que pensez-vous de l’état actuel des partis politiques en Haïti ? Le pays a-t-il besoin de moins de partis et de structures plus fortes ? Partagez votre opinion dans les commentaires.

  • Haïti face au défi des partis politiques : vers une consolidation nécessaire ?

    Avec plus de 400 partis enregistrés ou actifs à travers le territoire, plusieurs observateurs estiment qu’Haïti devra éventuellement se diriger vers des structures politiques plus solides et mieux organisées. Politique & Gouvernance | Citadex Editorial Team | 18 août 2026 Mots-clés : partis politiques haïtiens, Fanmi Lavalas, PHTK, OPL, gouvernance, démocratie haïtienne, élections, Citadex, institutions, réforme politique Depuis plusieurs décennies, le paysage politique haïtien est marqué par une fragmentation extrême. Selon plusieurs estimations, plus de 400 partis, regroupements ou structures politiques ont vu le jour à travers le territoire national au fil des années. Si certains considèrent cette multiplication comme une démonstration de pluralisme démocratique, d’autres y voient plutôt l’un des grands facteurs contribuant à l’instabilité chronique du pays. Dans les faits, peu de ces organisations disposent d’une véritable structure nationale capable d’encadrer durablement la population, de former des cadres politiques ou encore de maintenir une présence active en dehors des périodes électorales. Quelques grandes structures historiques Malgré la forte fragmentation du paysage politique haïtien, certains partis et mouvements ont néanmoins exercé une influence importante sur les grandes orientations politiques du pays au cours des dernières décennies. Parmi eux figure Fanmi Lavalas, longtemps considéré comme l’un des mouvements politiques les plus enracinés dans les quartiers populaires et les communautés locales. Grâce à une forte capacité de mobilisation et à une identité politique clairement reconnue, cette structure a profondément influencé la vie politique haïtienne depuis les années 1990. Le Parti Haïtien Tèt Kale (PHTK), pour sa part, a réussi à construire un important réseau d’alliances politiques et institutionnelles durant les années Martelly et Jovenel Moïse. Le parti a bénéficié d’une forte présence au sein de l’appareil étatique, lui permettant de consolider son influence sur plusieurs niveaux du pouvoir. D’autres formations comme l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL) ont également marqué le paysage politique haïtien à travers une approche davantage axée sur l’organisation interne, la réflexion politique et la structuration idéologique. Cependant, malgré leur influence respective, plusieurs observateurs estiment que les partis politiques haïtiens demeurent encore largement dépendants de personnalités, de coalitions temporaires ou d’intérêts circonstanciels plutôt que de véritables institutions politiques solides et durables. Une fragmentation qui affaiblit l’État Pour plusieurs analystes, l’existence d’un aussi grand nombre de partis contribue à rendre la gouvernance particulièrement difficile. Dans certains cas, plusieurs structures politiques ne disposent ni de programme clair, ni d’implantation nationale réelle, ni de mécanismes internes capables d’assurer une continuité institutionnelle. Cette situation entraîne souvent des alliances fragiles, des négociations permanentes et une instabilité politique qui ralentit considérablement les grandes réformes nationales. Dans un pays confronté depuis des années à des crises sécuritaires, économiques et institutionnelles majeures, plusieurs citoyens commencent également à réclamer davantage de clarté et de cohérence dans le fonctionnement du système politique. Vers 3 ou 4 grandes forces politiques ? De plus en plus de voix évoquent aujourd’hui la possibilité qu’Haïti évolue progressivement vers un modèle dominé par trois ou quatre grandes structures politiques nationales mieux organisées. Une telle consolidation pourrait permettre l’émergence de partis : plus structurés, plus disciplinés, capables de former de nouveaux leaders, disposant d’une vision nationale plus cohérente, et pouvant être tenus responsables de leurs engagements devant la population. Pour plusieurs observateurs, un système politique reposant sur quelques grandes forces organisées pourrait également favoriser une meilleure stabilité gouvernementale, réduire certaines formes de confusion électorale et permettre des débats politiques davantage centrés sur les idées et les projets de société. Toutefois, certains rappellent également qu’une consolidation politique ne garantit pas automatiquement une meilleure gouvernance. La qualité des institutions, la transparence, le respect des lois et l’implication citoyenne demeurent des éléments essentiels au bon fonctionnement d’une démocratie. La nécessité d’une nouvelle culture politique Au-delà du nombre de partis, plusieurs spécialistes considèrent que le véritable défi d’Haïti demeure la construction d’institutions solides capables de survivre aux changements de gouvernements et aux crises politiques répétitives. Dans ce contexte, plusieurs initiatives cherchant à structurer l’information politique, à améliorer l’accès aux données publiques et à renforcer la compréhension citoyenne des institutions prennent de plus en plus d’importance. Alors qu’Haïti traverse une période particulièrement difficile de son histoire contemporaine, plusieurs estiment que la modernisation et la structuration du paysage politique pourraient représenter une étape importante vers une gouvernance plus stable et plus prévisible. Citadex poursuit sa mission visant à rendre plus accessibles les informations liées aux institutions, aux structures politiques et aux enjeux nationaux afin de favoriser une meilleure compréhension du fonctionnement de l’État haïtien et de ses mécanismes démocratiques. À propos de CITADEX Haïti Citadex Haïti est une plateforme numérique indépendante dédiée à la promotion du patrimoine, du tourisme, de la culture, des institutions, des entreprises et des initiatives qui contribuent au développement d’Haïti Votre avis nous intéresse Que pensez-vous de ce sujet ? Laissez votre commentaire ci-dessous et participez à la conversation.

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